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2018 une année charnière pour les EJE ? Par Bernadette Moussy

EJE, formatrice (enseignement des courants pédagogiques)

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petite fille gaie
Je suis en train de faire un texte complémentaire pour la cinquième édition aux « Enjeux du métier d’éducateur de jeunes enfants » . Ce texte que je vais mettre à la fin de l’historique s’intitule, « les EJE en 2018 ». C’est ainsi que j’ai été amenée à consulter les dernières directives sur les politiques de la petite enfance et autres documents qui concernent les accueils de nos bambins. Je viens ici partager les réflexions qui me sont venues à leur consultation.
 
Comme le rapport de Sylviane Giampino me parait loin ! J’y regrette entre autre la place de la recherche de qualité d’approche de l’enfant et de sa famille et j’ai l’impression que nous sommes en train de tourner une page. J’espère me tromper et peut-être que je ne sais pas lire entre les lignes.

Déjà, j’en ai assez de voir que l’on se serve des enfants et de leur famille pour atteindre cette immuable référence : l’égalité des chances. Comme si, lorsqu’on a brandi cet étendard, on peut justifier ce que l’on veut. Le problème n’est pas là, l’objectif principal de l’éducation et du soin de la petite enfance est que chaque enfant puisse suivre et construire son propre chemin, ceci avec le soutien de sa famille. Qu’à celle-ci soit ouverte une communauté de professionnels et aussi d’autres parents. Tous ont besoin d’être soutenus pas seulement les plus défavorisés. Ceci me rappelle un article que Pauline Kergomard la fondatrice des écoles maternelles a écrit en 1910, pour protester car on l’avait appelé « la grand-mère des enfants pauvres ». Elle a rétorqué avec véhémence que pour elle tous les enfants sont importants. Les parents, les enfants sont tous des personnes que l’on respecte dans leurs particularités et à leur tour ils respecteront les autres.

Autre chose…les chiffres. Les 30 millions de mots dont les enfants des milieux défavorisés seraient privés…on croit rêver. Quel cynisme. Comment ont-ils été calculés ? Je me souviens il y a quelques années, lors de la polémique autour de jardins d’éveil, il s’agissait de 4000 mots qu’un enfant de 3 ans devait connaitre… Comme si l’on ne s’exprimait que grâce au nombre de mots. C’est comme si une voiture n’était que le contenant de son réservoir et qu’on oublie le moteur. Et l’élan qui porte l’enfant et l’adulte à communiquer ? Et le langage que l’enfant absorbe car il est dans un environnement de relations. Et le témoignage donné par la qualité d’échange entre les adultes ? Et le sens des mots portés et intégrés par l’affection ? Alors on a été repêché Le parler bambin ! Je pense que si cette « méthode » marche (et encore…) c’est uniquement parce que l’enfant voit que l’on s’occupe de lui. Et si les adultes disaient de la poésie, laissaient les enfants jouer avec les mots… leur parlaient avec un ton positif et vrai ? Ce n’est pas le Parler bambin qui va palier la fatigue maternelle le soir, au cours du bain, lorsque la maman n’a pas l’énergie de communiquer. Ce peut être le dialogue qu’elle a eu avec l’éducatrice ou l’assistante maternelle durant quelques minutes, ou…

Autres chiffres, tous ces pourcentages, pour justifier que les petits de deux ans et demi doivent aller à l’école maternelle. Sans se demander s’il a la maturité pour. La présentation de la proportion  des inégalités de fréquentation des établissements entre les régions qui devraient être toutes semblables, supposeraient que les régions sont pareilles. Le profil du nombre d’enfants en crèche par rapport aux autres formules d’accueil, me parait plutôt positif car cela dévoile une grande diversité. Tous ces chiffres, toujours en référence à l’égalité des chances me font croire que l’essentiel a été oublié.

Et si l’on comptabilisait tous les détails qui se passent dans une communauté d’adultes et d’enfants : les sourires, les cris de joie, les pleurs calmés, les silences, les regards concentrés, la recherche des équipes pour être plus en harmonie avec les besoins des enfants. Les millions de touchers, d’odeurs, de gouters, de sonorités qui sont des repères constructifs. Les affirmations motrices bruyantes, les réactions toniques d’émotions, les maladresses et les gestes ajustés qui dévoilent l’élan enfantin. Les moments d’écoute et de partage, les malentendus et leur mise au point, les contretemps et la création d’espace de communication ou de prise d’autonomie, les rythmes des rencontres, des départs et des retrouvailles…

La vie.

 
Article rédigé par : Bernadette Moussy
Publié le 01 mars 2018
Mis à jour le 01 mars 2018