Les chroniques de Bernadette Moussy

A nouveau un tableau nous inspire…Par Bernadette Moussy

EJE, formatrice (enseignement des courants pédagogiques)

L
« L’enfant au toton » de Jean Baptiste Chardin. Ce tableau est au musée du Louvre. Il représente un jeune garçon, dans un intérieur, debout devant une table, en train de regarder une toupie tourner. Appelée aussi toton.
Il est habillé comme un petit bourgeois du XVIIIe siècle, ses cheveux retenus par un catogan. Sur la table se trouve deux livres, un encrier et une plume, un rouleau de papier blanc. Au tout premier plan, dans un tiroir plat, un porte- crayon. Ces objets contrastent avec la toupie. Comme si, l’enfant ayant terminé son travail d’écriture se détend en jouant avec le toton. A moins que…il se distraie avant de se mettre au travail !
Le petit garçon est captivé par la toupie qui tourne. Elle n’est pas loin du bord de la table. Va-t-elle tomber ? Il a un visage encore poupin qui tranche avec l’attitude attentionnée avec laquelle il regarde et surveille le mouvement du jouet. Le dos bien droit contraste avec la légèreté de ses mains juste posées sur la table. L’une d’elles, probablement la droite, vient de lancer le toton. Elle est détendue, comme au repos, mais elle garde encore la position qu’elle a du prendre pour lancer le jouet. C’est un objet tout petit et simple ! On le lance en tournant sa queue mince entre le pouce et l’index. C’est un geste qui demande une certaine dextérité. Ni trop ni trop peu, mouvement délicat et sûr ! C‘est lui qui lance le jeu.

Je suis fascinée par ce tableau.
Par l’attitude de cet enfant, son sérieux, son attention, sa concentration, sa vigilance. Par la grâce de son attitude. Par sa sérénité. Par sa dignité.
Je me dis : voilà un enfant sage et qui parait heureux de l’être. C’est plus que cela, il est là, à son affaire il est présent. Pas dans le futur, dans l’envie de faire quelque chose d’autre, ou avide de changer d’activité. Il est fort, détendu. Il est le maître.
Son regard est à la fois attentif et rêveur. Tourné vers l’intérieur de lui-même et en même temps médusé par le petit objet qui vire.

Cet enfant est en face d’un accessoire magique connu depuis des milliers d’années. Magique car on ne sait pas où il va, ni quand il s’arrête et qu’il est au centre d’un vertigineux enjeu où se jouent le temps et l’espace. Quand et où va-t-il s’arrêter ?
Car en même temps cet enfant me parait comme prêt à s’élancer. Mais il se domine, se retient, l’important est entre lui et le mouvement de la toupie. Il est actif sans pour cela intervenir dans le déroulement du tournoiement de la toupie.
Il est en train d’apprendre qu’une partie de la finalité du jeu ne lui appartient pas.  On peut imaginer qu’il va recommence « pour voir ». Voir si la prochaine fois la toupie va tomber de la table ou pas. Voir au bout de combien de temps elle va s’arrêter ;  il va imaginer des enjeux…
Il suffit d’un objet simple, pour mettre le temps en jeu, l’espace en jeu, sa vie en jeu. C’est pour cela que cet enfant m’en impose : il attend et découvre la destinée, le coté aléatoire de l’existence. Sa concentration, ouverte à l’imprévu est la démarche mentale de la conscience. Non pas celle qui, crispée et enfermée sur un sujet, cherche à le dominer, à le cerner. Il emploie ici la conduite ouverte, disponible, attentive à plusieurs possibles. Ceux qu’offrent les évènements de la vie et qui nous donnent la possibilité de créer, d’être au centre de notre destinée.
Qui va dire que l’enfant est étourdi, distrait, inattentif, insouciant ?
Qui aurait l’inconscience d’interrompre cet enfant?
Laissons-le. Il construit sa conscience !









 
Article rédigé par : Bernadette Moussy
Modifié le 28 avril 2017