Ridicule ? Par Bernadette Moussy

EJE, formatrice (enseignement des courants pédagogiques)

Ridicule ? Par Bernadette Moussy
jeunes enfants jouent sur le corps d
Un article sur l’importance de la prise en considération du corps de l’enfant abordait aussi celui de l’éducatrice. L’auteur*y évoquait la réticence parfois, pour les étudiants ou autres adultes qui s’occupent des enfants, à se mettre dans une situation qui pourrait paraitre ridicule auprès des collègues. Je pense à se mettre à faire de grands gestes en racontant une histoire, à quatre pattes et changer de voix, à exagérer les expressions de son visage. A faire des gestes hors de la vie ordinaire d’un adulte ordinaire !

Il arrive ainsi que lorsque nous nous laissons porter par le regard d’un bébé qui « nous parle » nous lui répondons avec des onomatopées semblables sous le regard des autres qui nous trouvent bizarre. Quelquefois nous nous laissons entrainer par un enfant dans son jeu, nous « goutons » à sa cuisine comme si c’était délicieux. Je me souviens un jour que j’attendais une stagiaire dans le jardin d’enfants dont j’étais responsable, elle est arrivée alors que j’étais couchée à côté d’Amar 4 ans et demie, sous un drap, par terre. Elle m’a cherchée des yeux  se demandant où je pouvais être…
Je pense aussi à ce professeur de danse qui intervient dans les crèches, allongée par terre et qui se laisse recouvrir par les enfants, avec des objets naturels : des cailloux, des branches, des feuilles. On peut deviner la confiance qu’il y a entre les enfants et elle pour qu’elle se laisse faire et que pour que les enfants la recouvrent avec cette délicatesse. Mais il n’y a pas que cela. Cela sous-entend une relation avec les collègues de la crèche, une estime pour ce que l’autre fait, pour sa compétence, pour les risques qu’elle prend de sortir des gestes habituels où une certaine distance serait de mise.
Les tout-petits ont quelquefois des attitudes que l’on pourrait penser inconvenantes : mettre sa main dans notre bouche, nous donner la cuillère à l’envers, regarder sous notre jupe…toucher les « nénés ». Dernièrement un petit garçon de 18 mois cherchait à ouvrir ma jupe portefeuille et sa petite main remontait sur mes genoux. A vrai dire je n’y voyais pas malice car je pense que c’était une façon d’entrer en contact avec moi, puisque nous ne nous connaissions pas. Mais cela me gênait. Alors une « petite bête qui monte » en le chatouillant est remontée sur son bras et un grand sourire lui est venu. Il s’est mis à  chantonner en reproduisant le geste.  Il  y a des limites à leur désir de « nous manger »,  de nous toucher. Le jeu est là ! N’est-ce pas un des sens des jeux de nourrice ?

Il est vrai que pour certaines personnes mettre son corps en jeu dans la relation avec l’enfant n’est pas simple. Les raisons sont multiples, conscientes ou pas. En plus cela peut être sous-tendu par la recherche de « La juste distance relationnelle » entre autre prônée par Emmi Pikler qui ne voulait pas d’invasion de l’enfant par des adultes trop expansifs. Cela relève du respect de l’enfant.

Il n’y a pas que cela. Il peut y avoir une certaine peur de sortir de soi-même. De se montrer, de prendre un risque en quelque sorte à se montrer différent. Alors que je pense à la joie, celle de jouer tout simplement, d’entrer dans le jeu dans lequel l’enfant nous invite, se mettre à sa portée. « Entrer dans le jeu » n’est pas une figure, nous quittons un certain monde pour entrer dans l’autre sphère, la ludique, où l’on va sortir de notre « dignité d’adulte » pour faire un peu de théâtre. Et à un moment on peut se retirer, l’enfant n’a plus besoin de nous. C’est son jeu.
N’oublions pas évidemment que dehors c’est plus facile, la nature nous apporte tellement de choses à partager, à imaginer. Il se peut que ce soit plus facile que nous y redevenions enfant pour un temps.  ÇA FAIT DU BIEN !
Notre corps d’éducateur transmet nos émotions, nos engagements, nos sentiments. Surtout notre envie de vivre dont l’enfant se nourrit.

*Frédérique Brunti, EJE, formatrice, La liberté de mouvement, un principe essentiel chez les tout-petits. Les métiers de la petite enfance, aout-novembre 2015
 
Article rédigé par : Bernadette Moussy
Publié le 15 juillet 2020
Mis à jour le 01 octobre 2020