Les chroniques de Camille

#AdopteUnMecEnCrèche. Par Camille

Etudiant EJE

La recette du bonheur : voir la vie en rose ? En rose ! Vraiment ? Rose, notre couleur de promotion à l’école. Choisie à l’unanimité. Je ne comprends pas pourquoi. On aurait très bien pu s’entendre avec les copains, pardon avec les copines sur vert caca d’oie… Ça aurait bien collé à notre étiquette d’originaux.
« Des perchés », n’est-ce pas ainsi que l’on nous voit dans le métier ? 1980 : 1 homme, 39 femmes. Presque 4 décennies plus tard, 2017 : 1 homme, 39 femmes. Si au fil des générations, en formation comme aux concours d’entrée, les statistiques sur la masculinité de la profession EJE se ressemblent, les choses auraient-elles évolué plus favorablement sur le terrain professionnel ? Une réponse me titillait, mais inutile de vous faire vrombir avec un chiffre aussi spectaculaire qu’un ornithorynque ventriloque. Navré. 0,97% c’est précisément le taux - aujourd’hui en France - d’hommes exerçant en crèche, toutes professions confondues. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Plutôt sympathique pour parler de mixité des métiers en petite enfance. Le secteur, plus largement, le monde de la maternité se conjuguerait-il au masculin ? Ou serait-ce un legs de notre société, attribuant à la garde et à l’élevage des jeunes enfants une fonction et une place présupposée « naturellement » féminine et maternelle ?

Quoi qu’il en soit, socialement je suis une femme ! Il faut me faire à cette idée. Néanmoins, un voyage en terre inconnue dans le « no man’s land » des crèches est une bonne destination pour mesurer ma cote de popularité auprès de la gente féminine.

Lundi, 9h : premier jour, entretien de motivation avec la directrice, son adjointe, l’adjointe de son adjointe et la psychologue. Joli comité d’accueil. Est-ce parce que je suis un homme que l’on m’attend ainsi au tournant, tel un cabinet de curiosité ? Vient alors la question épée de Damoclès : « pourquoi venir travailler en crèche ? » Parce que j’aime les enfants avec beaucoup de pommes de terre et beaucoup de fromage et… pardon, parce que je me sens pleinement épanoui en crèche.
Le lendemain, 10h : unité des bébés, je découvre mon groupe. « Vous êtes là pour le ménage ? » m’interpelle une maman, surprise de me voir zigzaguer en Crocs® vertes fluo Hulk parmi mes très jeunes compagnons. Ma présence ici serait-elle aussi surréaliste qu’une toile de Salvador Dalí ? D’un autre côté, une collègue auxiliaire me rassure : « tu sais, c’est normal qu’on ne voit pas beaucoup d’hommes en crèche, vous, tout ce que vous savez faire c’est vous battre et faire la guerre .» Dit comme ça, ça calme. Décor planté, je me demande à quelle sauce je vais être mangé. Direction les vestiaires ! Ah oui c’est vrai, il n’y en a pas pour les hommes dans cette crèche. « On t’a trouvé une place dans la réserve ». Dans le cagibi ? Entre les paquets de couches et les compotes ? Merci, c’est trop aimable.
17h : j’aide chez les grands en section. Un papa vient chercher son enfant avec une petite difficulté pour le faire sortir de son jeu favori depuis une vingtaine de minutes : il joue à la poupée ! « Il est hors de question que mon fils joue avec un poupon et une poussette ! C’est pas un PD ! » (sic) lança-t-il au milieu de la pièce en me regardant d’un air septique. Oui, j’avais oublié de vous préciser que dans cette structure, le port de la blouse était obligatoire. Nul besoin de vous faire deviner la couleur de la dite blouse… rose fuchsia. Merci.

Alors que nous avons fait évoluer notre regard sur la place de la paternité et de l’homosexualité dans notre société, inclure des hommes dans les métiers de la petite enfance semble encore bien compliqué. Si la question de la présence d’un homme en crèche peut susciter un émoi positif partagé entre parents et professionnels, ou au contraire raviver certaines croyances, les prérogatives du maternage sont-elles encore à notre époque, restées l’apanage des femmes ? Très chères collègues, regardez-nous pour ce que nous sommes : des professionnels-hommes dans le milieu par vocation tout comme vous. Ne nous oubliez pas. Pensez au masculin dans vos annonces d’emploi et dans vos fiches de postes. Adoptez un mec en crèche !
Article rédigé par : Camille
Modifié le 07 septembre 2017