Les chroniques de Camille

C’est minion ! Par Camille

Etudiant EJE

les Minions
« C’est mignon ». Deux mots auxquels j’ai le droit à chaque fois que je parle de ma formation ou de bébés. J’ai de la chance, d’habitude c’est « Tu nous les brises avec tes bébés » assorti du très chic : « Qu’est-ce que tu en sais, toi ?! » Ça semble clair comme de l’eau de vaisselle. Je suis un homme, jeune, sans enfant : brelan d’as sur le tapis. Ça commence mal pour engager l’échange. Les représentations sur le travail en crèche - plus généralement auprès du jeune enfant - seraient-elles angélisées à ce point ? La crèche n’est pourtant pas le pays des Télétubbies® et le travail auprès du bébé n’est pas aussi « con-con la lune » que domestiquer un Tamagotchi® ou jouer à Léa passion bébé© sur Nintendo® 3DS.
Une plongée dans la réalité institutionnelle des crèches d’aujourd’hui marquerait un  trait à toute considération « cul-cul la praline ». Qui, soyons honnête, n’amène pas à reconnaître la dignité de nos métiers. Ni à regarder le tout-petit enfant comme une personne en devenir et non comme une mignonne petite chose. À l’école, pour aiguiser notre regard de futur professionnel à travers un kaléidoscope théorique, nous étudions tout un pan du développement du jeune enfant selon plusieurs approches. De papy Freud à tonton Pierrot Bourdieu, le double ancrage de la psychologie génétique et des Neurosciences nous permet alors de déconstruire l’idée mignonnette de la mignonnerie du bébé. Et in fine prendre conscience des enjeux de nos actions auprès de lui.

Retour sur terre.
Mardi, 7h30, je suis d’ouverture à la crèche. En section chez les « grands », j’aménage à quatre pattes le coin TOLO®. Je fais jouer ma créativité, aujourd’hui ça sera caravane des animaux ! Un papa pressé de déposer, pardon d’amener sa petite fille, me sort spontanément avant l’accoutumé bonjour : « Payé à jouer ! Vous en avez de la chance ! ». Aurait-il voulu m’accompagner dans le jeu ? Et oui, j’ai de la chance ! « Quel bonheur j’ai ! Venez, c’est trois ans d’études ! » comme le disait un grand monsieur de la petite enfance du Nord de la France.
Jeudi, 18h, groupe des moyens, j’accueille une maman. « Il a été mignon ? ». Bien… comment dire, il a été enfant. Il s’est émerveillé, il a rêvé, il a fait des expériences : les siennes. Avant de parler socialisation et autonomie, ne serait-elle pas là - dans l’éducation à la gourmandise de vivre - la raison d’être des crèches ?
Vendredi, unité des bébés, une grand-mère vient chercher son petit fils de 10 mois. Je le porte dans les bras pour l’accompagner dans l’instant de retrouvailles. « C’est mignon à cet âge-là, ça serait bien s’ils ne grandissaient pas ! ». Point Godwin ! Bah voyons, les mettre dans des petites boites pour pas qu’ils prennent la poussière, aussi ?

S’il y a un siècle, il suffisait pour « s’occuper » des bébés d’avoir une âme charitable, d’être de bonne famille, pieuse et accommodée aux bonnes mœurs de la société, le rapport de Sylviane Giampino de 2016 rappelle la nécessité d’avoir des professionnels hautement qualifiés en matière de Petite Enfance. Le « c’est mignon », serait-il alors suffisant pour qualifier nos professions ? Aurait-on le même discours sur le travail en EHPAD ou en ESAT avec la personne en fin de vie, dépendante ou porteuse d’un handicap ? Et oui… grandir : une expérience complexe et faire grandir : un vrai métier.

Chers parents, chers collègues, s’il vous plaît ne l’oubliez pas. Au-delà de ces bébés merveilleux, imaginaires et attachants, l’enfant naît au monde avec un potentiel exceptionnel. Regardons-le, écoutons-le, accompagnons-le d’empathie et d’amour. La mignonnerie de l’enfant ne serait-elle pas alors un message d’attachement pour nous apprendre à être plus vivant avec lui ? L’enfant n’est-il pas « le père de l’homme » ?
Article rédigé par : Camille
Modifié le 03 octobre 2017