Les chroniques de Camille

Déclaré coupable. Par Camille

Etudiant EJE

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Enfant puni
Mercredi 9h30, section des « encore si petits et déjà grands », Hector (32 mois) et Achille (2 ½ ans) jouent ensemble aux petites voitures sur un tapis. Non ! Ce n’est pas un remake de la guerre de Troie, mais un instant de jeu autonome dans une crèche lambda. L’objet de la rencontre s’appelle « Roy » : camion de pompier vedette de l’équipe de Robocar Poli™. Achille, qui apprécie la manière dont Hector fait vrombir l’automobile, aimerait bien manipuler à son tour ce joujou rutilant.

Il tend ses bras vers son voisin et lui arrache des mains. Hector se lève, hurle et s’effondre en larmes. Perséphone l’Agent, seule adulte dans la pièce - occupée à corriger les réalisations gommettes des enfants qui seront remises en fin de journée aux parents - se précipite vers l’épicentre des lamentations. « Achille, encore toi ! Mais qu’est-ce que tu as ce matin ? Tu es infernal ! », « Tu n’es pas gentil, je le dirai à Maman ! ». Une longue journée en perspective sur les chemins de Compostelle pour Achille… Puis, cerise sur gâteau, elle ajoute : « Tu dois prêter ! Ici, ce n’est pas toi qui commande ! ». « Puisque tu me testes, tu es HORS-JEU ! ». Hors-jeu ou hors-je ? Sortez l’encre et les plumes, le roseau d’orties, le bonnet d’âne, la chaise à réfléchir et le Scotch-Brite™ ! Le précepteur pour le déshabillage de conscience aussi ? Confesse-toi mon enfant, que j’accueille tes pêchers… LOL « Et si tu lui proposais un câlin ? » lui suggère-je, candidement. « Un câlin ! Mais ça va pas la tête !? Ça serait une récompense ! ». Bonjour tristesse. Vite l’hostie et un cierge !

Accompagnant à la petite enfance, qui suis-je dans cette histoire ? Le bâton redresseur de torts du garde-chiourme ou le tuteur du jardinier qu’emprunte la jeune plante pour s’élever ? Leçon de maintien ou leçon d’empathie ? Entre liberté et discipline le débat s’enracine. L’enfant n’est pas qu’un corps à soigner. Pansons et pensons aussi sa santé mentale. « Il faut bien leur apprendre la frustration. Des LIMITES, un cadre ! ». Entendu. Peut-il être posé avec bien-traitance ? Qu’attendons-nous de ces petits enfants que l’on accueille en institution (sans leur consentement) pour certains 10h par jour, 5 jours par semaine ? De l’obéissance ? De la conformité ? De la complaisance vis-à-vis de l’adulte ? Pourquoi les utiliser à notre guise, seulement quand cela nous accommode ? « Viens faire un bisou à Tata, mon p’tit cul ! ». « Ah non, j’ai trop froid ! On ne sortira pas dehors ». « Ne manges pas avec tes doigts, t’es cracra ! C’est pas toi qui passe le balai après ».

« Je travaille en crèche parce que j’aime les enfants »… Oui. Tu t’aimes bien d’abord et surtout.

Alors que nous ne pouvons plus - en tant que professionnels de la petite enfance - sous-estimer les dernières recherches sur le cerveau, qui confirment et renforcent, les connaissances que l’on possède aujourd’hui sur les enjeux d’accompagner le jeune enfant dans son développement émotionnel et affectif. Pourquoi continuer à agir en méconnaissance et asseoir une position d’autorité par ascendance, qui culpabilise l’enfant pour ce qu’il est : un enfant ? Écouter et regarder l’enfance pour éduquer à la citoyenneté, ne devrait-il pas se faire dans un rapport de collaboration-confiance-partage ? Le partage comme le plus grand des luxes et la confiance comme crédo à l’amour de soi : fondations au droit de l’enfant pour cheminer vers l’autonomie et la sociabilité.

Chers pairs, futurs collègues de crèche ou d’ailleurs, que voulons-nous pour l’enfant de nos structures d’accueil ? Développer sa tête ou son cœur ? Et l’enfant que nous étions, l’avons-nous oublié ? Comment l’enfant peut-il entendre notre discours, si nous ne l’approchons pas avec douceur, respect et amour ? « L’amour est un meilleur maître que la morale » disait A. Einstein. Après tout… ne sommes-nous pas des « professionnels de l’amour » ? Tous « Cœurdonniers » ! N’est-ce pas, Mr. Deroo ?
Article rédigé par : Camille
Modifié le 04 décembre 2017