Ne potinons pas avec les paroles ! Par Camille

Etudiant EJE

bébé lisant le journal
Les institutions du Care sont devenues des lieux de soin à la parentalité. Le travail de soutien à la fonction parentale a mué les professionnels de la Petite Enfance en professionnels de la Famille. Pour autant, en éducation, le conseil parental est toujours facile. Les certitudes éducatives : « Il faut ! », « Il doit ! », « Être un bon parent », aussi.

10h15, à la halte-garderie. C'est l’heure de l’habillage pour Joshua, 10 mois, sorti d’un petit dodo matinal. Carmen, professionnelle chevronnée, « 27 ans de maison », l’accueille pour la première fois de la journée. « Peuchère ! C’est carnaval aujourd’hui ? Té ! C’est quoi ça ? Papa il était pas bien réveillé ce matin pour t’habiller de cette façon ? C’qu’est sûr, ce que vu les couleurs, on risque pas de te perdre ».

À 11h, Joshua passe à table. Assis dans sa chaise haute, il explore avec intérêt un hochet sensoriel en attendant la préparation de son bol. Coralie, CAP Petite Enfance, vient s’installer prêt de lui. Elle lui accroche un bavoir à récipient autour du cou, puis, avant la première cuillerée, lui dit : « C’est bien que Papa t’ait amené ce matin. Parce que tu sais, Maman, elle se prend un peu pour le centre du monde ».

12h30, Joshua passe à une autre table, celle du change, avec Betty en renfort sur la section à la pause méridienne. Alors qu’elle lui déboutonne le body, elle lui déclare « Mais tu pues la frite ! ». Ce à quoi lui répond sa collègue Charlotte, affairée au plan de change voisin : « C’est normal, son père est Belge ».

Scènes anodines et pourtant si retentissantes pour le tout-petit dans la constitution de son sentiment continu d’exister et de son Self. Notions chères à D.-W. Winnicott, quand il parlait de développement affectif primaire chez le bébé. Quelle image développe, puis entretient, l’enfant de lui-même et de ses parents, quand ces derniers sont méprisés de manière gratuite et répétée sous son nez ?

Alors que les professionnelles sont sensibilisées à la démarche éthique d’attention personnalisée1 au jeune enfant, les discussions sur les parents pleuvent. Dans certains lieux, quand elles ne grêlent pas au-dessus de la tête de l’enfant, elles sont évoquées en « instant potins », au temps du papotage. Sur le banc de la cour devant les enfants en jeu libre, un petit divertissement croustillant comme un paquet de Curly, où seront évacuées les frustrations d’impuissance endolories par l’usure du quotidien, et les projections scénarisées.

Comme des aumôniers de la morale familiale, baptisons-nous la question de la parentalité dans le bénitier des bonnes mœurs éducatives, sous l’archevêché de la tradition héritée ? La crèche n’est pourtant pas un lieu pour l’assistance éducative. Ni une chapelle où l’on vient se répandre de son petit catéchisme. Ni un point relais Amazon® où l’on réceptionne des colis contre signature.

Des parents paradoxalement ultra sollicités, impliqués et avertis dans la vie de leur enfant, mais que l’on s’amusera à disqualifier dans leurs comportements parentaux : « Elle ne travaille pas, et en plus elle met son gamin à la crèche !? », « Il faudrait un permis pour être parent ! », « T’as vu comment elle est maquillée ? On dirait Michael Jackson ! ».

Comme l’eau qui file entre nos doigts, la parentalité ne se retient pas. Alors que l’on sait que la relation humaine est imparfaite, quand je parle avec mon radar moral, je deviens cette carafe BRITA® qui filtre le lien à l’autre de ses aspérités qui font de lui, une personne à part entière. Alors que l’enfant et sa famille évoluent et continueront d’évoluer en société, en éducation, il n’y a plus à agir par des certitudes éducatives mais par des incertitudes éducatives.

Si parent et enfant co-naissent au monde, si l’on reconnaît à la séparation une épreuve douloureuse à vivre pour l’un et pour l’autre ; lorsqu’un nourrisson est séparé de son parent au même moment où il le fait parent, celui qui pose une attention soutenue et affectueuse sur un berceau, n’aurait-il pas, en parallèle, la même préoccupation chaleureuse à offrir à ses parents ?

« Le bébé est une personne, ses parents aussi » disait T.-B. Brazelton.

1Que l’on peut appeler le « prendre-soin ».
 
Article rédigé par : Camille
Publié le 08 février 2019
Mis à jour le 11 février 2019
J ai trouvé cet article très restrictif et pour "rester" dans le même ton que l article....j ajouterai que certains educateurs de jeunes enfants, psychologues et directrices ajoutent leur pierre a l edifice de la malveillance en paroles et gestes inappropriés Les derapges ( que je ne cautionnent pas) ne sont pas seulement l apanage des professionnelles auprès des enfants. 25 années à accompagner les enfants et leurs familles me permettent de le confirmer. C est un sujet a travailler en équipe et dans la bienveillance. Pourquoi avoir oublié ces catégories socio professionnelles, ça remet quelque choses en cause?