Nous ne sommes pas des éducateurs. Par Camille

Etudiant EJE

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Petit enfant qui court
Ça y est ! Nous y voilà : LA 3ème ANNÉE ! Champomy et confettis ! Installons-nous au buffet de la connaissance avec un autre appétit. Celui de faire notre propre cuisine. En d’autres termes, celui de désapprendre ce que nous avons appris !  Comme dira Jung : « Apprenez vos théories aussi bien que vous le pouvez, puis mettez-les de côté quand vous entrez en contact avec le vivant miracle de l’âme humaine ».  Et pourtant partout on nous vante : « Vous êtes éducateurs de jeunes enfants ! ». Or… si « je n’ai rien à apprendre à l’enfant mais tout à lui montrer », est-ce toujours aussi vrai ?

Mardi dans la salle de change des « Grands », Antonin du haut de ses 3 ans, m’interpelle quand je lui rechausse ses pantoufles : « Ici c’est une école et toi tu es un maître ».
― « Non, ici c’est une crèche et moi je suis éducateur »
― « Tu es infirmier ? »
― « Non, éducateur »
― « Éducateur de quoi ? »
Antonin me regarde, réfléchit, puis me dit : « Tu es éducateur de couches ! Et de culottes ! ».

Aurait-il moins tort qu’un autre ? D’ailleurs, ce mystère est requestionné à l’accueil du soir, par Constance, 6 ans : la grande sœur du petit Maël.
« Tu sers à quoi ? ». Il était à comprendre : « Je te vois avec plein de bébés toute la journée. Tu es un papa ? Dis Monsieur, c’est quoi ton métier ? ».

C’est vrai après-tout, un titre aussi honnête, c’est lourd à porter ! Comme un costume taillé trop large, avec le nœud pap’ pour faire chic. J’ai l’impression d’être encombré d’une place qui n’est pas la mienne. D’être émaillé du label « Élu Produit de l’Année », qui me rend presque aussi irrésistible que du beurre AOP sur une tartine de pain grillé. On peut manger sa tartine sans beurre, comme l’enfant peut se passer d’éducateur.

Ne me parlez pas d’éducateurs, parlez-moi d’accueillants, d’accompagnateurs. Je ne suis que la veilleuse du couloir de l’Enfance. Une sentinelle, une ombre. Comme un guide de haute montagne qui connaît l’itinéraire de l’ascension, et dont les balises invitent chacun à choisir son chemin pour atteindre le sommet. Là est notre rôle de pédagogue : faire avec et non à la place de.

L’enfant n’a pas besoin d’éducateurs. Pour être éduqué, il a ses parents. Et si je suis éducateur, je suis éducateur « À LA » petite enfance, non éducateur « DE » jeunes enfants. Et cela change bien des choses.

Le regard défendu sur la relation à l’enfant, qui n’est ni une affaire de propriété : « Oh !Il m’a appelé maman ! Viens là mon chéri… ». Ni une affaire de pouvoir : « Ce n’est pas toi qui commandes ! Tu vas m’obéir ! ». Le regard défendu sur la relation au parent, qui n’est pas un rival mais un partenaire. Le regard défendu sur notre métier, où le leitmotiv reste que si éducation il y a, elle est plurielle et partagée.

Car éduquer avec n’est-il pas aussi s’éduquer avec ? Arrêtons cette asymétrie dans la posture éducative. Les enfants aussi nous éduquent.

 
Article rédigé par : Camille
Publié le 11 septembre 2018
Mis à jour le 11 septembre 2018