Attachons-nous ! Par Claire Boutillier

Assistante maternelle, psychologue

Attachons nous !
Attachons nous !
J’adore les enfants que j’accueille. J’aime quand ils arrivent le matin et si j’aime aussi quand ils partent le soir, j’apprécie les journées passées auprès d’eux. Certaines collègues pensent qu’en évitant de s’attacher aux enfants, elles se protègent de la séparation qui adviendra. Je constate aussi parfois une certaine irritation des adultes face aux comportements de l’enfant ou un manque de tendresse à son égard, qui me laissent perplexe. Entendons-nous, le quotidien auprès de jeunes enfants n’est pas qu’une partie de plaisir : il y a l’opposition, les émotions débordantes suscitées par les frustrations, les conflits et la brutalité entre eux... Ce qui me permet de passer outre les difficultés de cette profession, c’est justement ce lien d’attachement réciproque qui me permet d’être plus compréhensive face aux oppositions des enfants ou à certains comportements qui me gênent.
Ce lien d’attachement facilite aussi la vie de l’enfant : il lui permet de se séparer un peu plus facilement de ses parents pour venir vers moi, d’accepter les règles ou les contraintes que j’impose et de développer son autonomie et la confiance en lui, en ses compétences et aussi en moi.

Je n’invente rien bien sûr, ce que je dis est déjà bien connu sous le nom de « théorie de l’attachement ». Les multiples implications de cette théorie donnent les moyens de résoudre la plupart des situations éducatives, parfois complexes, qui se posent à nous. C’est au travers de ce prisme que je traiterai toutes les chroniques à venir. Le principe de base est le suivant : pour créer une relation bénéfique au développement de l’enfant, l’adulte se montre disponible à l’enfant et répond à ses appels et besoins avec sensibilité (de façon adaptée à la nature du besoin), réactivité (être disponible au moment où l’enfant appelle) et efficacité (soutenir l’enfant pour résoudre sa difficulté). Ce qui nourrit la qualité de l’attachement, ce sont les jeux et les activités partagées, les soins apportés à l’enfant dans le respect de son corps et de ses réactions, et toujours, l’empathie et la compréhension que nous manifestons pour l’enfant lorsqu’il exprime une difficulté. Alors oui, je m’assois au sol et joue avec les enfants, je cours derrière eux au parc quand on joue « à chat », je les câline et je vais les voir autant de fois que nécessaire quand ils pleurent avant de dormir. L’attachement n’est ni une méthode, ni un concept théorique ; c’est le préalable indispensable à toute relation éducative. Alors n’hésitez pas… attachez-vous !
Publié le 28 février 2016
Mis à jour le 18 août 2017