Analyse de pratique, qui es-tu ? Par Françoise Näser

Assistante maternelle, auteur

Fotolia
bébés

La plus belle des socialisations, selon Caroline*, « c’est pour l’enfant de découvrir que les expériences de partage et de jeux à plusieurs sont source de plaisir. Cela passe par la certitude que l’adulte est attentif à chacun dans le groupe, à soi et aux autres. Quand ses besoins à lui sont pleinement satisfaits, cela fait du bien à un enfant de savoir qu’on prend soin des plus petits comme des plus grands. C’est terrible de croire que la socialisation veut dire : être contraint de faire à plusieurs une activité non choisie, aller dormir ou « passer » aux toilettes à heures fixes ! Ça, c’est du dressage. Il faut arrêter de faire croire que la collectivité, sans respect de l’individu, c’est la panacée en matière de socialisation des enfants ».
Lorsque les jeunes parents cherchent un mode d’accueil, ils veulent avant tout que leur tout-petit y soit en sécurité physique et affective, qu’il grandisse et s’épanouisse en compagnie d’autres enfants, qu’il se sociabilise et se prépare à intégrer la société, en commençant par la maternelle.

On nous dit que la majorité des parents préférerait la crèche : mais la choisissent-ils toujours pour les bonnes raisons ? Il est nécessaire de comprendre et d’apaiser les peurs des jeunes parents qui se tournent vers l’accueil individuel. L’assistante maternelle ne propose certes pas un accueil collectif : chez elle, il y aura 3 ou 4 enfants d’âge différent, un peu comme dans une famille. Chacun y aura sa place et son rôle. Les plus grands y apprendront à respecter les besoins des plus petits. Peut-être qu’un matin, on devra annuler une sortie car il sera nécessaire que le plus jeune fasse une sieste réparatrice : ainsi, « les besoins du bébé auront été entendus, respectés et honorés ». Non seulement, les  plus grands auront ainsi appris que l’adulte qui prend soin d’eux se montre respectueuse de leurs besoins élémentaires mais en plus, leur nounou sera plus disponible, une fois le bébé couché, pour leur lire des livres, faire de la peinture avec eux, ou sortir le train électrique.
Un accueil contenant, respectueux du rythme des enfants, à l’écoute de l’individualité de chacun, c’est un accueil de qualité, presque un luxe. Au final, c’est quoi un être sociable ? « C’est être un individu capable d’exprimer ses émotions, de verbaliser ses besoins » et qui prend donc légitimement sa place dans la société.

Caroline connaît bien les assistantes maternelles car elle les écoute et les entend depuis de nombreuses années déjà. Elle propose un espace où elles peuvent s’exprimer en toute confiance, sans craindre d’être jugées, de passer pour une mauvaise professionnelle aux yeux des autres, un temps et un lieu où « l’on peut respirer, poser ses valises, où l’on sait qu’on n’est pas seule, où l’on se sent soutenue et qui permet de retrouver la joie dans son travail ».
Dans ces groupes d’analyse de pratique, Caroline part de là où en sont les personnes : une assistante maternelle dit laisser la télé allumée toute la journée, ou bien éprouver le besoin de couvrir les enfants de bisous. Dans le climat de respect et de confiance que Caroline a su instaurer, toutes s’écoutent sans porter de jugement et aident leur collègue qui souhaite améliorer sa pratique.

Caroline donne des pistes et construit d’autres manières de faire les choses : aucune n’est idéale. Il s’agit là d’entendre, d’entre-apercevoir qu’il peut y avoir d’autres manières de travailler, de proposer de nouvelles perspectives. « L’être humain a tendance, lorsqu’une situation se produit, à ‘réagir’ toujours de la même façon. » : l’analyse de pratique permet de sortir de ce cercle vicieux, de prendre du recul, d’identifier ce qui met en difficulté, d’être en accord avec ses valeurs, de sortir de l’isolement, de réfléchir aux raisons pour lesquelles on fait ce métier, d’échanger sur ses pratiques, et tout cela, au final, ça fait un bien fou ! Pour certaines de nos collègues, c’est même devenu essentiel au point de ne plus pouvoir ni vouloir s’en passer.
L’analyse de pratique, comme toute relation humaine, est basée sur la confiance, la confiance en la personne qui anime et en tout le groupe, l’absence de jugement et la confidentialité. Comment l’envisager autrement ?

Caroline est touchée par les métiers de la Petite Enfance, qu’elle estime exigeants, pas assez reconnus ni valorisés, et en particulier pour les assistantes maternelles : nous devons faire face à la complexité supplémentaire d’être seules, de répondre aux besoins des enfants et de leurs parents qui se trouvent être nos employeurs directs, et de soutenir la parentalité malgré notre lien de subordination. Lorsqu’on travaille avec de l’humain, et encore plus avec de tout petits enfants, il est indispensable d’avoir un lieu pour réfléchir, pour donner du sens à ce que l’on fait, pour se remettre en question, pour être en lien. « Ce que j’ai appris avec les assistantes maternelles, c’est l’importance de la période de familiarisation », cette adaptation parfois précipitée et sous-estimée.

De nombreux problèmes pourraient être évités si ces sujets étaient abordés dès le départ, anticipés. Parler ouvertement des sujets délicats dès le début, convenir de ce qui est souhaité et souhaitable, dire les choses d’entrée de jeu, aborder tous les détails qui deviendront essentiels au fil du temps (la tétine, le sommeil, l’hygiène, le doudou, les médicaments, le respect des horaires, de la vie privée de l’assistante maternelle, etc), créer une communication authentique et, pour conclure, s’assurer que les messages sont bien passés : « qu’avez-vous retenu de notre entretien ? ».
Caroline aimerait, grâce à son travail auprès des assistantes maternelles, participer à la promotion de cette profession, et permettre ainsi de « mettre en avant ce magnifique mode d’accueil ».


* Caroline Morel est psychologue clinicienne et linguiste de formation, consultante Petite Enfance depuis 15 ans. Retrouvez-la sur son site :  http://www.carolinemorel.com/

Article rédigé par : Françoise Näser
Publié le 31 mai 2018
Mis à jour le 31 mai 2018