Les chroniques de Françoise Näser

Augmentation de salaire, et autres fariboles ! Par Françoise Näser

Assistante maternelle, auteur

professionnelle avec papiers
Les assistantes maternelles qui ne sont pas douées en maths, comme moi, découvrent, au fil du temps, un monde bien à part ! Avec cette particularité que, souvent, ce sont les salariés qui maîtrisent mieux le sujet que leurs employeurs. Toutes nos facultés de concentration sont donc requises et mobilisées pour venir à bout de problèmes d’arithmétique, de résolution d’équations, et d’opérations diverses. Calcul d’une mensualité en année complète, année incomplète, en brut, en net, c’est le b.a.-ba. Calcul de la Cour de Cassation pour les périodes d’adaptation : j’ajoute les heures, je multiplie le tout et je soustrais le reste ! Viennent ensuite les cas plus complexes avec les congés payés acquis ou pris, anticipés ou pas, année 1, année 2. On a dû s’y reprendre plus d’une fois avant que je ne saisisse le truc. Plannings variables, accueils périscolaires, accueils occasionnels, accueils de fratrie, au secours ! Les régularisations de l’année incomplète restent ma bête noire, je l’avoue. Et ne parlons pas des calculs de fin de contrat : 1/120ème, on fait comment déjà ?!

Les assistantes maternelles ont l’habitude de couper les centimes en quatre, de comptabiliser les minutes, de se faire des nœuds au cerveau pour que les comptes tombent au plus juste, de passer des heures sur des calculs alambiqués, au millième de centime près. Il ne faudrait pas qu’on nous accuse de malhonnêteté, n’est-ce pas ! Nous bénéficions jusqu’à ce jour d’un régime d’imposition particulier très avantageux, mais qui nécessite de longs et savants calculs : à tous ces chiffres, n’oublions pas d’ajouter les compotes et les petits suisses ! Sur le visage de nos parents-employeurs passent différentes expressions allant de la surprise, au scepticisme et passant parfois par l’hilarité, lorsque nous leur expliquons, le plus sérieusement du monde, qu’ils doivent nous faire une attestation en bonne et due forme, s’il vous plaît, concernant le prix théorique du repas qu’ils apportent pour leur propre enfant. Vous dites ? Un avantage en nature, vraiment ?

Encore de la surprise et du scepticisme devant la récente baisse des charges sociales et l’augmentation de notre salaire net, mais assez peu d’hilarité cette fois ! Comme tous les salariés, nous bénéficions d’une revalorisation de notre pouvoir d’achat (1) : à la fin du mois de janvier, nous aurons quelques Euros de plus dans notre porte-monnaie ! Pour tous les employeurs, chef d’entreprise, administration ou  autre, cette augmentation est indolore, le total à payer restant le même : l’un baisse et l’autre augmente, par un effet de vase communicant, on comprend bien le principe. Pour nos parents-employeurs qui ne paient pas de charges sociales, eux, les choses sont bien sûr différentes. L’augmentation de notre salaire net sort bel et bien directement de leur poche. Ils prennent donc la nouvelle avec plus ou moins de philosophie ! L’URSSAF a bien tardé à prévenir employés et employeurs sur la façon de procéder, laissant le champ libre à toutes sortes de spéculations et d’opinions diverses.

Pourtant, comment imaginer ce qui nous attend avec le projet de prélèvement de l’impôt à la source ? Pour nous qui avons 2, 3, voire beaucoup plus d’employeurs à la fois, comment les choses vont-elles s’organiser concrètement ? Comment sera pris en compte notre régime spécifique ? Comment anticiper nos variations de salaire très fréquentes au cours d’une année, baisses et hausses au gré du départ et de l’arrivée des enfants ? Spéculations et opinions diverses commencent encore une fois à circuler ça et là, et parfois, ce qu’on entend fait froid dans le dos, même si le gouvernement se veut rassurant (2) ! Quand on sait les problèmes dramatiques de « trop perçus » rencontrés par nombre de collègues avec un organisme comme Pôle Emploi, le combat du pot de terre contre le pot de fer pour des sommes parfois très importantes, on ne peut franchement que craindre le pire, en cas d’erreurs, face à une administration aussi nébuleuse que Bercy. La situation spécifique des assistantes maternelles aux employeurs multiples et aux cas de figure complexes sera-t-elle vraiment prise en compte ?


(1) http://www.pajemploi.urssaf.fr/pajewebinfo/cms/sites/pajewebinfo/services/actualite--hausse-du-pouvoir-dac.html
(2)    https://www.economie.gouv.fr/prelevement-a-la-source/particuliers-employeurs
Article rédigé par : Françoise Näser
Publié le 30 janvier 2018
Mis à jour le 12 février 2018

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