Cherche assmat-pro, désespérément ! Par Françoise Näser

Assistante maternelle, auteure

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femme joue avec bébé
Cette année, il m’est arrivé d’éprouver de la honte, je vous le dis sans ambages ! Il m’est arrivé de rougir de mon métier, ce métier que j’aime et que je défends pourtant avec énergie depuis de longues années maintenant.
Il m’est arrivé de rester sans voix à l’écoute de certains récits, et même d’avoir les larmes aux yeux face au désarroi de ces jeunes parents en recherche d’une place d’accueil. Ils doivent confier ce qu’ils ont de plus précieux, leur petit bébé à naître ou âgé de quelques semaines, et pour certains, ont fait le choix volontaire de l’accueil individuel. Ils nous ont choisies, nous, les assistantes maternelles, allant parfois à l’encontre des conseils de leur entourage. Nous sommes leur plan A. Ils recherchent LA bonne nounou pour leur tout-petit, celle qui saura prendre soin de lui, celle en qui ils pourront avoir confiance. Ils sont plein d’espoir. Alors, je vous le dis, en entendant leur parcours de recherche, il m’est arrivé de ressentir un terrible sentiment de gêne, de gâchis et de découragement.

J’ai reçu de nouveaux parents pour lesquels je n’étais qu’un nom anonyme sur une très longue liste d’assistantes maternelles. Ils sont arrivés chez moi un peu par hasard, après avoir lu ma petite annonce. Précédemment, ils avaient eu des contacts par mails ou téléphone, plus ou moins cordiaux, certaines collègues faisant preuve d’une absence totale de la plus élémentaire politesse. Ces dernières ne mâchent pas leurs mots et vont directement à l’essentiel : horaires, tarifs, congés et au revoir messieurs-dames ! D’autres ont bien voulu les recevoir, calculette à la main, sans jeter un œil au bébé. Je suis si déprimée de rapporter ces faits… En écrivant cela noir sur blanc, je me sens partagée entre la honte et la colère. Devrais-je faire preuve de pudeur et passer ces détails sous silence ?
Je pense à toutes mes collègues qui font de l’excellent travail, qui sont hyper motivées, qui investissent tant et plus dans ce merveilleux métier ; j’aime à penser qu’elles représentent une grande majorité ! Je l’ai si souvent dit et répété : notre profession possède sa propre élite, méconnue, discrète, mais bien réelle.

Alors pourquoi ? Comment est-il possible que certaines collègues n’aient aucun jouet, aucun endroit réservé aux enfants, alors que d’autres investissent dans du matériel haute gamme, de qualité, et créent de leur propre initiative des espaces accueillants, gais et inspirants ? Comment est-ce possible que certaines refusent de faire visiter leur appartement qui est certes notre espace privé mais aussi notre lieu de travail ? Alors que d’autres puisent dans leurs propres ressources, leur humanité, pour déployer des trésors de patience et d’empathie face au questionnement de ces jeunes parents, questionnement parfois légitime, parfois loufoque. N’avons-nous pas été nous aussi, dans la grande majorité des cas, de jeunes parents dépassés, inquiets, stressés ? Ne pouvons-nous pas nous reconnaitre un peu en eux ? Comment est-il possible que certaines collègues continuent de prôner des méthodes éducatives d’un autre temps, d’évoquer punitions et châtiment devant un bébé de quelques semaines ? Quelle maman ne fondrait pas en larmes à l’idée que son tout-petit puisse être confronté à des violences éducatives ordinaires sur son lieu d’accueil ?

La formation des assistantes maternelles est insuffisante, sur ce point-là, le consensus est total. Nous devons être fières de notre métier, mais aussi savoir rester lucides : il reste beaucoup à faire ! Nous devons avoir l’honnêteté de reconnaître de nombreuses défaillances dans le domaine de la communication, de l’éducation, de la pédagogie. Nous devons savoir rester humbles face à ces connaissances théoriques indispensables qui nous font défaut. Nous devons être en capacité de nous inspirer de ce qui se fait de mieux dans le domaine de l’accueil, de nos collègues qui inventent des projets d’accueil époustouflants, qui mettent en place des conditions d’accueil optimales. Nous devons accepter de nous remettre en question, de changer nos habitudes. Rien ni personne de nous y contraint. Pas de chef d’équipe qui vérifie que le travail est bien fait, pas de patron qui regarde par-dessus notre épaule pour pointer ce qui ne va pas. Notre travail est solitaire et autonome. Seule notre conscience nous dicte notre éthique professionnelle. Et le bonheur, le soir venu, d’avoir fait ce qu’il fallait, d’avoir pu aider ce petit être qui nous est confié à grandir sereinement jour après jour.
Article rédigé par : Françoise Näser
Publié le 04 septembre 2019
Mis à jour le 16 septembre 2019

3 commentaires sur cet article

Très touchée par cet article. Voilà plus de 10 ans que je fais ce métier et que je m'interroge sur les disparités dans les modes de fonctionnement des collègues … pourtant je travaille par le biais d'une crèche familiale (nos domiciles sont visités une fois par mois en moyenne par notre puéricultrice, nous sommes écoutées sur tous les sujets qui touchent l'enfant, sa famille, nous-même) mais comme dit Françoise, il y a les assistantes maternelles qui poursuivent leur quotidien avec très peu de jouets (ceux qui ont appartenus à leurs propres enfants et qui ont quitté le nid depuis longtemps!), avec des méthodes irrespectueuses et surtout avec des jugements. Merci Françoise d'avoir souligné un fait qui me questionne encore régulièrement et qui me met moi aussi mal à l'aise.
bonjour quel plaisir de vous lire sur les divers sujets.. celui là m'a touché ..et oui le soutien à la parentalité fait partie de notre travail.. Lors des entretiens il faut savoir être patiente et répondre à toutes les questions .Les parents abordent une nouvelle partie de leur vie avec ce petit être et ils sont perdus parfois .. (entre ceux qui arrivent et qui vous disent on a juste quelques questions et qui vous sortent un porte document avec 4 pages... et ceux qui "débarquent" et ne savent pas trop au juste.... à chacune d 'entre nous de trouver sa solution , perso je travaille avec plusieurs documents livret accueil et livret d'accompagnement (le fameux projet pédagogique.. mais je ne suis pas une structure donc je choisis les termes qui me correspondent) Il y a tellement de différences entre les assistantes maternelles entre celles qui s'investissent , y mettent leur coeur.. c'et pour cela qu'il faut oser dire aux parents de faire plusieurs entretiens.... et les laisser constater par eux même..certains ne verront que le taux horaire, les congés quand pour d'autres ce sera la relation d'attachement à venir, le bien être de l'enfant ...Merci encore pour le partage de votre expérience...
Responsable de Relais Assistants Maternels, je découvre vos mots et suis vraiment en accord avec tout ce que vous dites ! Malheureusement, comme vous l'écrivez si bien, certains comportements d'AM gâchent le vrai travail de qualité de certaines d'entre vous et c'est si injuste ! J'espère que la lecture de cet article permettra à quelques unes de se remettre en question pour le plus grand bien des enfants et des familles.