Et les assistantes maternelles, sinon, ça va ? Par Françoise Näser

Assistante maternelle, auteure

Lorsque j’étais enfant, il y avait une série télévisée de quelques minutes chaque soir, les Shadoks, ces oiseaux improbables qui vivaient des situations absurdes et ubuesques, sans jamais cesser de pomper. Parfois notre métier et tous ses paradoxes me rappelle ces épisodes souvent drôles, parfois méchants, la plupart du temps incompréhensibles : et toujours les Shadoks pompaient.

Bien sûr, il y a celles qui vont bien, toujours bien, contre vents et marrées : rien ne les abat ! Elles (et quelques fois ils) exercent leur métier avec passion, quoi qu’il se passe, dans un environnement agréable, avec une rémunération satisfaisante, et sans souffrir de solitude. Aucune angoisse pour l’avenir, rien ne les perturbe. Des Loulous adorables, des parents charmants, des puéricultrices de PMI à l’écoute ; rien que du bonheur ! Si vous faites partie de ces bienheureuses, passez votre chemin, cette chronique n’est pas faite pour vous et ne ferait que vous agacer.
Car je m’attache à celles qui vont moins bien, qui se sentent bien seules et ont besoin de réconfort en ces temps difficiles. Celles qui sont inquiètes pour leur emploi, celui de leur conjoint peut être empêché de travailler actuellement. Celles qui essaient de suivre l’actualité de la profession, de s’adapter autant que faire se peut à chaque nouvelle consigne ministérielle, de suivre un protocole auquel elles n’adhèrent pas forcément. Celles qui essaient de garder le moral, même lorsqu’on ne peut faire aucun projet. Cette absence de perspective à court ou moyen terme est déstabilisante : pourrons-nous fêter Noël en famille, voir nos proches et dans quelles conditions ? Que va nous apporter l’année 2021, à nous et au monde entier, car nous avons enfin compris qu’il faut penser global. Santé, environnement, économie, tout est lié.

Alors que faire pour ne pas virer Shadok et commencer à pomper sans savoir pourquoi ? Avancer un pas après l’autre chaque jour, s’occuper le mieux possible des tout-petits sans leur transmettre les angoisses des adultes, rassurer leurs parents parfois : certains sont touchés par la maladie, d’autres ont eu des deuils à porter, des séparations. Le confinement, le déconfinement ont eu des conséquences dans de nombreux foyers. La santé, le moral, les finances, rien n’est simple ! Comme souvent, les assistantes maternelles sont dépositaires de confidences qui vont bien au-delà de la simple prise en charge des enfants. Des bébés sont à naître, d’autres ont déjà montré le bout de leur nez : cette nouvelle génération vit auprès d’adultes masqués, mais qui doivent rester malgré cela affectueux, gais et sereins.

Tels les Shadoks qui pompaient en toutes circonstances et sans désemparer, les assistantes maternelles, tantôt indispensables à la Nation, tantôt invisibles et laissées pour compte, se sentent peut-être un peu shadokiennes finalement ... Celles qui photocopient attestations sur attestations pour aller chercher les enfants à l’école me comprendront sûrement ! Donc, je vous le dis et ce sera mon dernier mot : « il vaut mieux mobiliser son intelligence sur des bêtises que sa bêtise sur des choses intelligentes » *.

*Jacques Rouxel, créateur des Shadoks
 
Article rédigé par : Françoise Näser
Publié le 11 novembre 2020
Mis à jour le 23 novembre 2020
Une image justement trouvée pour ces travailleurs du care. Merci