Les chroniques de Françoise Näser

Feuille de route. Par Françoise Näser

Assistante maternelle, auteur

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Être ou ne pas être assistante maternelle, c’est toute la question ! Assistante maternelle, comme assistante… de direction ? Bras droit, personne de confiance, collaboratrice privilégiée du directeur, pardon !, de la maman ? Ou bien maternelle dans le sens où nous maternons les enfants ? Bref, assistons-nous la maman, et si oui, quid du papa qui, lui, n’aurait donc nul besoin d’assistance ? Notre métier n’est vraiment pas simple, si déjà sa dénomination pose question ! Devenir assistante maternelle, c’est devenir une professionnelle de la Petite Enfance, un peu comme par magie, car un agrément départemental et 60h de formation (1) suffisent. Deux petites semaines, beaucoup de bonne volonté, l’amour de l’enfance, un peu de poudre de Perlimpinpin, et nous voilà en capacité d’accueillir des enfants. Si certaines jettent l’éponge rapidement, la réalité de notre métier ne correspondant pas à l’idée qu’elles s’en faisaient, d’autres, nombreuses, persistent, trouvent leur voie, s’épanouissent et deviennent au fil du temps compétentes, qualifiées, voire expertes en psychologie, diplomatie, motricité, diététique, activités artistiques, comptabilité, bref, de super-nounous. Pourtant, il nous arrive de douter et d’hésiter sur les objectifs, sur les moyens à mettre en œuvre, sur notre positionnement professionnel. Notre feuille de route peut sembler parfois bien complexe.

On nous dit que nous sommes responsables de la sécurité des enfants accueillis. Et quelle responsabilité ! Il est toujours bon de rappeler que les sports à risques sont à proscrire durant le temps d’accueil : courses-poursuites de poussettes, lancé de couches pleines ou concours de régurgitation en apnée sont réservés à notre temps libre ! Nous sommes également responsables de la sécurité émotionnelle des enfants et de leur épanouissement. La sécurité émotionnelle, encore, on voit à peu près, mais l’épanouissement, c’est vague comme consigne, vous avouerez. Bref, il faut que les enfants aillent bien, en gros, et c’est beaucoup plus compliqué qu’il n’y paraît. Beaucoup.

On nous dit que nous devons veiller à l’hygiène du lieu d’accueil, notre domicile donc, mais pas trop, parce qu’on n’est pas non plus à l’hôpital : trop d’hygiène provoque des maladies, des allergies et en plus, passer son temps à faire du ménage c’est franchement démoralisant. Nous devons veiller également à l’hygiène des enfants accueillis : laver les petites mains plusieurs fois par jour, essuyer les petits nez aussi souvent que nécessaire, effacer toutes traces de chocolat ou de peinture compromettantes. Mais question propreté, l’objectif final, c’est bien sûr la fréquentation régulière des toilettes au moment opportun, si possible avant la rentrée scolaire. Les enfants, toujours magnanimes, finissent tous par y arriver un beau jour, et peu importe la méthode employée.

On nous dit qu’il faut so-cia-li-ser les enfants, et ça c’est important, gravé en lettres d’or ! Le petit qui nous est confié doit devenir « un être social », prêt à affronter le monde (c’est à dire en premier lieu la maternelle) : on pourrait penser que ce sera long et difficile, tant l’enjeu semble crucial mais pourtant, en voyant du monde mais pas trop, en faisant les sorties, mais pas trop, au final, en vivant tout à fait normalement, l’enfant se socialise très bien. De même nous devons les éveiller, sans les sur-stimuler. Nous sommes rémunérées pour jouer avec les enfants, alors profitons-en ! Des jeux, du temps pour rêver, des comptines et le contact avec la nature : à la base, l’enfant a tout déjà pour réussir, nous n’avons qu’à l’encourager à être lui-même.

On nous dit qu’il n’y a pas assez d’hommes dans les métiers de la Petite Enfance et c’est bien triste. Petite enfance se décline encore trop souvent au féminin. Pourtant les papas modernes  s’investissent de plus en plus dans leur rôle (il est certain d’ailleurs que si les hommes pouvaient enfanter eux-mêmes, on aurait déjà trouvé depuis très longtemps une solution contre les nausées matinales et les accouchements difficiles !). S’il y a des sage-femmes hommes (on peut dire aussi maïeuticiens, sauf que personne ne connaît), des puériculteurs (ça ressemble à  apiculteur mais c’est pour les bébés) et des auxiliaires de puériculture (ceux-là ont de la chance), les assistants maternels, eux, sont encore rares.

Heureusement, dans tout ça, il y a aussi et surtout les enfants. On nous dit « ils sont heureux, chez vous, Nounou », ou bien « si on a un autre enfant, on aimerait bien que ce soit vous sa nounou », ou encore « ça nous fend le cœur de déménager : on était si bien avec vous ! » Notre métier est délicat, passionnant et souvent éprouvant. Être assistante maternelle demande un immense investissement émotionnel, une disponibilité sans faille et une force de caractère à toute épreuve. Notre quotidien est fait de biberons, de tétines et de jouets : nous poussons nos poussettes à travers parcs et jardins publics, été comme hiver. Nous veillons sur vos enfants en votre absence, partez sans crainte ! Assistante maternelle, c’est avant tout un métier du cœur.


(1) La formation de base des assistantes maternelles est de 120h, 60h obligatoires avant d’accueillir les enfants, 60h au cours des premières années d’exercice de la profession.
Article rédigé par : Françoise Näser
Modifié le 17 août 2017