Le chassé-croisé de l’été. Par Françoise Näser

Assistante maternelle, auteur

Assistante maternelle
Lorsqu’on parle du chassé-croisé de l’été, cette période particulière de l’année où les uns partent tandis que les autres arrivent, bien sûr, on fait plutôt allusion aux vacanciers, mais on pourrait également penser aux familles qui bénéficient d’une place d’accueil pour leur enfant. Car c’est bien ainsi que se passent les choses : les assistantes maternelles préparent le départ des uns et, dans un même temps, organisent l’arrivée des autres. Tout cela ne va pas sans un certain doigté ! Il faut penser aux fins de contrats, avec tous les savants calculs que cela entraîne nécessairement, et dans un même temps, aux nouveaux contrats pour des parents novices, un peu perdus et inquiets à l’idée de devenir employeurs. Ils nous parlent des renseignements qu’ils ont collectés à « la Ram » (non, non, c’est bien LE relais), la Caf qu’ils ont appelée et qui leur a affirmé le contraire de ce qu’ils ont pu lire sur le site de Pajemploi et inversement, des forums où ils ont tenté de poser des questions et où ils ont été atterrés par ce qu’ils ont pu lire, chacun y allant de son petit témoignage anxiogène. Ah, les nounous, elles déclenchent toujours des débats houleux !

Cette nouvelle page qui s’ouvre devant eux, le système scolaire avec sa première étape, l’école maternelle, angoisse les parents « sortants » : il nous faut alors les rassurer sur les compétences de leur enfant (il ne sait pas encore écrire son nom !!! C’est normal, il va apprendre ça à l’école… Il ne connaît pas toutes les couleurs par cœur !!! C’est normal, il va apprendre ça à l’école … Il ne sait pas encore compter jusqu’à 10 !!! C’est normal… Bref, vous avez compris le principe) et sur ses capacités à survivre en terre inconnue (mais si, mais si, il va finir par accepter d’abandonner ses couches, promis! Il va apprendre à se moucher seul, à mettre ses chaussures et à manger avec des couverts, même si, jusqu’à maintenant, ce n’est pas vraiment gagné, et ce malgré tous nos efforts conjugués !). Si les parents « sortants » sont souvent angoissés par la grande inconnue qu’est l’école sur laquelle ils fondent pourtant tous leurs espoirs, que dire des parents « entrants » : ils ont entendu tant et tant de choses sur les assistantes maternelles qu’ils ont les plus grandes difficultés à démêler le vrai du faux. Une fois notre porte refermée, que se passe-t-il vraiment chez nous ?

Ils vont nous confier ce qu’ils ont de plus précieux au monde, tout de même, ce n’est pas rien ! C’est donc parfaitement normal qu’ils soient un peu inquiets. Bien sûr, on trouve des parents super zen, que rien ne semble effrayer, et des parents terrorisés qui imaginent le pire. Et entre ces deux extrêmes, toutes les variantes possibles. Il faudra être fin psychologue pour décider rapidement si « la mayonnaise » prendra et si un travail en commun sera possible, autour de ce bébé au centre de toutes les attentions. Entre le contrat d’accueil qui définira les conditions d’accueil de l’enfant, les vœux éducatifs des parents et le projet d’accueil de l’assistante maternel, et le contrat de travail qui régira tout le côté administratif et les relations employeurs/employée, il y a fort à faire et une seule entrevue n’y suffit souvent pas. On fixe alors un deuxième rendez-vous, parfois un troisième… Certains parents veulent aller à l’essentiel, brûlant parfois les étapes et négligeant certains détails importants, d’autres ergotent, disséquant chaque terme, chaque formulation. Comme souvent, l’assistante maternelle doit faire preuve de patience, de bienveillance et parfois de fermeté.

Mais le plus difficile pour nous reste la combinaison des deux objectifs : préparer en même temps le départ des uns et l’arrivée des autres. Si on parle de « tempêtes émotionnelles » à propos des tout-petits débordés par la force de leurs émotions, si intenses qu’ils ne peuvent se calmer seuls, les assistantes maternelles sont parfois prises, bien malgré elles, dans un maelström de sentiments. Car laisser partir ces petits sur lesquels on a veillé plusieurs années, c’est loin d’être simple. On les a bercés, câlinés, consolés, grondés parfois aussi. On les a vus grandir, marcher, parler, et, si souvent, éclater de rire. Mais dans le même temps, il faut commencer à faire de la place dans son cœur, dans sa tête et dans son logement pour ces nouveaux petits que l’on a entrevus quelques heures à peine et dont nous aurons tout à apprendre. Chaque enfant est différent, chaque famille apporte son lot de nouveautés. Il faudra se rappeler les nouveaux prénoms et toutes les particularités propres à ces nouveaux parents. Il faudra penser au matériel de puériculture, ressortir les affaires pour nouveaux-nés, peut-être, et remiser celles des plus grands. Il faudra réorganiser les jeux, ressortir les hochets et les doudous, et ranger les jeux de sociétés et les puzzles. La logistique doit suivre, mais aussi et surtout nos émotions et nos sentiments. Être professionnelle n’empêchera sans doute pas de verser une petite larme au dernier « je t’aime, ma Nounou ! »
Publié le 30 juillet 2017
Mis à jour le 31 juillet 2017