Les assistantes maternelles et le chômage partiel. Par Françoise Näser

Assistante maternelle, auteure

freepick
petite fille dans les bras
Après un mois de confinement, cette situation totalement inédite n’a pas encore fini de nous déstabiliser, de modifier nos habitudes et nos comportements : on continue à se réveiller le matin en se demandant si tout cela est bien réel, ou si nous avons fait un très mauvais cauchemar. Et puis les nouvelles du monde arrivent à nos oreilles : non, tout cela est bien vrai !

Le nombre de personnes malades, les décès comptabilisés inlassablement, la liste des nouvelles mesures au fur et à mesure de l’avancée des connaissances sur le virus. Être soumis à cette atmosphère anxiogène à longueur de temps rend tout le monde nerveux, irritable et parfois même agressif.
L’absence de règles claires et de consignes a renforcé pour beaucoup d’entre nous le sentiment d’injustice et de manque de reconnaissance souvent ressentis dans notre profession. Nous critiquons, nous jugeons, nous cherchons des responsables et parfois même des boucs-émissaires car c’est dans la nature humaine. Comment ne pas porter de jugement sur son voisin qui travaille (ou pas), sur sa voisine qui sort faire ses courses (plusieurs fois par jour ?), sur cette collègue qui refuse d’accueillir les enfants (et elle a ses raisons !) ou sur celle qui au contraire continue à les accueillir (et elle aussi a ses raisons !). A 20h tous les soirs, nous remercions et applaudissons tous ceux qui travaillent actuellement pour continuer à faire tourner l’activité économique du pays, car nous sommes ô combien heureux de pouvoir être soignés, de pouvoir nous ravitailler, de pouvoir vivre un confinement light au final, avec toutes les commodités : peu de pays dans le monde ont cette chance !

L’économie. Aux nouvelles médicales peu rassurantes, aux mesures contradictoires, aux consignes incompréhensibles ou inapplicables, s’ajoutent maintenant les angoisses économiques : on nous prédit la pire catastrophe, la pire récession qu’ait connu le monde moderne. Aucune comparaison possible : même la Grande Dépression de 1929 semble gentillette à côté de ce qui nous attend : les économistes en restent parfois sans voix, ce qui n’est pas pour nous rassurer, bien entendu ! Au vu des sommes engagées pour soutenir l’économie (des milliards de milliards, ça fait combien de zéros ?) on attrape le tournis. Si toute l’économie mondiale est impactée, notre économie le sera nécessairement et nous savons bien que les assistantes maternelles se trouvent à la toute fin de la chaîne professionnelle : nos employeurs perdent leur emploi, nous perdons le nôtre, c’est mathématique.
Nous avons vécu situation similaire lors de la crise économique de 2008, où de nombreuses assistantes maternelles ont dû franchir pour la première fois le seuil de Pôle emploi, ont dû pour certaines réfléchir sérieusement à la pérennité de leur métier (déjà précaire en temps normal), ont fait le choix de retourner à leur ancienne profession ou bien, ont attendu quelques mois ou quelques années que leur situation se stabilise à nouveau. Or déjà, certaines collègues ont dû faire face, dès le début du confinement, à des ruptures de contrats : le retrait d’enfant par le parent-employeur est une mesure simplifiée qui ne nécessite pas d’être motivée. Certains parents ont donc fait jouer ce droit, sans même attendre que des mesures soient mises en place pour éviter une vague de licenciements.

Le chômage partiel a donc fait son apparition dans notre métier, sous forme d’une indemnité, à l’occasion de cette crise, afin d’aider les particuliers employeurs à pouvoir conserver leur aide-ménagère, leur nounou à domicile, leur assistante maternelle le temps du confinement. Pour le salaire de mars, 2 choix s’offraient à nos employeurs. Incités par toutes les instances à la solidarité nationale (mais quel joli mot !), de la FEPEM (1) à l’IRCEM (1), de nombreux parents ont fait le choix du maintien de salaire, et pour eux, comme pour nous, en général, tout s’est bien passé. Pour ceux qui ont fait le choix du chômage partiel pour leur(e) salarié(e), les calculs à faire, pourtant présentés sous forme de tuto par Pajemploi ou par le CESU (3), ont pu se révéler difficiles à réaliser.
De si nombreuses erreurs ont été constatées par Pajemploi qu’une deuxième chance de remplir le fameux formulaire leur a été octroyée. Il semblerait même que certains employeurs aient tenté de déclarer le maintien de salaire, leur ouvrant droit au Cmg (4) habituel, tout en demandant les 80 % de remboursement de l’indemnité de chômage partiel … Les erreurs de toute bonne foi étant toujours envisageables, ne pensons pas au pire !

Gardons plutôt en mémoire tous ces petits gestes de solidarité, d’affection, de sympathie qui fleurissent actuellement : pour les collègues qui ne travaillent pas, des photos de nos petits Loulous que l’on reçoit pour maintenir le lien ; « Nounou, il a sorti sa première dent ! » ou bien « elle a fait ses premiers pas, regardez ! », et pour celles qui travaillent, les remerciements bien sincères, les échanges de bons procédés, les petits gestes de reconnaissances. Et pour tous, l’espoir de sortir bientôt de ce cauchemar, en bonne santé. Portez-vous bien et prenez soin de vous !


(1) FEPEM : FEdération des Particuliers-EMployeurs
(2) IRCEM : Groupe de protection sociale des emplois de la famille et des Services à la Personne
(3) CESU : Chèque emploi service universel
(4) Cmg : Complément de libre choix du mode de garde



 
Article rédigé par : Françoise Näser
Publié le 13 avril 2020
Mis à jour le 13 avril 2020