Les chroniques de Françoise Näser

Lorsqu’on débute... Par Françoise Näser

Assistante maternelle, auteur

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Lorsqu’on débute dans ce métier, on est forcément de très bonne volonté. Travailler dans la Petite Enfance c’est merveilleux ! C’est un objectif que l’on se donne après une reconversion professionnelle peut-être ou bien un but que l’on s’était  déjà fixé toute petite et dont on rêvait en jouant à la poupée, un métier souvent idéalisé « mais qu’ils sont mignons, ces bébés ! Je pourrais rester toute la journée à les observer, les cajoler, leur murmurer des mots doux. » Or la réalité du terrain est souvent toute autre, bien sûr.

Pour pouvoir très vite travailler, soit parce qu’on a très envie de mettre en pratique ce que l’on a appris en formation, soit parce qu’on a son propre projet d’accueil déjà bien ficelé, soit parce qu’il faut faire bouillir la marmite, on a tendance à accepter le premier contrat qui se présente. Il faut des années d’expériences et de recul pour pressentir immédiatement les difficultés inhérentes au fait d’accueillir les enfants très tôt, très tard (parfois les deux), tous les jours de la semaine (parfois même le dimanche), les petits contrats qui bloquent une place d’accueil pour quelques heures seulement, les contrats à horaires variables qui peuvent chambouler le quotidien plus qu’on ne se l’était imaginé. On voudrait pouvoir dire « oui » à tous les contrats qui se présentent, dans l’objectif de pouvoir faire ses preuves et de gagner sa vie correctement.
Comment faire marche arrière lorsque le contrat est signé, l’adaptation commencée et les charmants parents ravis ? Comment admettre alors qu’on s’est peut-être un peu trop avancée en acceptant de commencer à accueillir Bébé dès 5h du matin, ou bien jusqu’à 23h le soir, ou encore tous les dimanches, qu’on a peut-être présumé de ses forces, que sa famille pâtit de son travail et qu’on commence à comprendre que trois années passées à ce rythme vont très vite tourner au cauchemar ?

Car on essaie de contenter tout le monde, lorsqu’on débute. Dire « non » à de futurs parents-employeurs, ce n’est jamais simple, surtout lorsqu’on compatit à leur situation compliquée. « Si je ne les prends pas, avec leur petit contrat à horaires variables, qui le fera ? » Ces parents-là font un peu pression, gentiment, poliment, car ils sentent bien qu’ils ont une ouverture. « Ce ne sont que quelques heures, il ne vous prendra pas trop de place ... ». Il faut alors expliquer que, au contraire, ces quelques heures par semaines vont bloquer une place d’accueil pour un salaire très bas. Car pour être correctement rémunérée, il nous faut au contraire cumuler un très grand nombre d’heures.
Comment dire « non » à un accueil périscolaire, à des parents désespérés de n’avoir aucune solution dans leur commune pour faire garder leur enfant après l’école ou durant les congés scolaires. Là encore, aller chercher un enfant à l’école peut entraîner des difficultés que l’on n’avait pas imaginées car il faudra mettre tous les enfants accueillis dans la voiture si l’école est éloignée, réveiller les bébés qui dorment, sortir les enfants par tous les temps, même malades. Comment dire « non » aux parents d’un enfant porteur de handicap, tout simplement parce qu’on ne se sent pas la force de l’accueillir et qu’on n’a pas été formée pour cela : ces parents-là aussi peuvent être désespérés de ne pas trouver de mode d’accueil  pour leur petit.

Lorsqu’on débute, on est totalement novice en législation ou en comptabilité. Certaines auront eu la chance d’avoir obtenu une explication de texte de la Convention Collective lors de leur formation, d’autres auront peut-être été initiées aux calculs des congés payés, de l’année incomplète et autres subtilités de notre métier. En 60h de formation initiale*, on ne peut tout de même pas produire de miracles ! Alors, on se renseigne par ses propres moyens et lors du premier contrat, on écoute les formateurs (le Ram, les collègues…) qui dispensent des conseils plus ou moins avisés. Nos parents-employeurs sont tout aussi perdus que nous, ne sachant souvent même pas faire la différence entre le brut et le net (et on les comprend très bien d’ailleurs, puisque tout cela est également tout nouveau pour nous).
Tout le monde a peur de faire des erreurs, on voudrait bien être « dans les clous ». Les contrats sont d’ordre privé et chacun peut fournir le sien : là encore, il faudra sans doute des années pour que tous les cas de figure en fassent partie, toutes ces situations auxquelles on n’aurait même pas pensé en rêve ! Au fil du temps, le contrat s’épaissit de nouvelles clauses résultant soit d’une nouvelle législation, soit d’expériences plus ou moins bonnes faites précédemment.

Devenir assistante maternelle résulte à la fois d’une volonté sans faille de se former, la plupart du temps seule, aux différents métiers que nous sommes amenées à exercer au cours de la journée, et de se positionner comme professionnelle de la Petite Enfance. Une fois sorties de notre chrysalide, nous déployons nos ailes, fragiles et vulnérables, et nous nous lançons, pleines de bonne volonté dans une profession aux multiples facettes et à la complexité insoupçonnée.


* Les assistantes maternelles bénéficient de 120h de formation initiale, 60h avant d’accueillir les enfants, 60h dans les années qui suivent.
Article rédigé par : Françoise Näser
Modifié le 01 septembre 2017