« Maman, pourquoi t’es assmat ? ». Par Françoise Näser

Assistante maternelle, auteure

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nounou et petite fille
L’accueil individuel a cela de spécifique qu’il est familial. Notre métier s’exerce en général à domicile, au sein de notre foyer. Les tout-petits accueillis partagent notre quotidien, notre environnement, nos repas, nos habitudes culturelles. Les membres de notre famille représentent donc souvent, pour eux, des figures d’attachement importantes qu’ils côtoient régulièrement et qui participent aussi à leur épanouissement.

En premier lieu bien sûr, nos conjoints auxquels on attribue souvent de petits noms affectueux : « les poules à Tonton, elles font des zoeufs ! » ou bien « Quand Patou fait de la brioche au goûter, z’en prends deux parts ! ». Jean-Claude, Stéphane ou « Tonton » sont appréciés des enfants, soit qu’ils sachent réparer les jouets cassés, soit qu’ils jouent parfois au foot avec les plus grands, soit qu’ils cuisinent et préparent de la brioche comme personne !
Quelle tristesse, me direz-vous, lorsque dans certains départements, au nom de toujours plus de professionnalisation, lesdits conjoints sont bannis du domicile durant le temps d’accueil, indésirables chez eux, en quelque sorte !

Plus encore que les conjoints, les enfants de l’assistante maternelle jouent un rôle important dans notre travail. Tout petits, ils représentent des compagnons de jeux avec lesquels se tissent de forts liens : on ne parle plus de « frères et sœurs de lait » comme il fut un temps, mais ces années passées côte à côte peuvent parfois se transformer en amitiés fidèles et perdurer dans le temps. Tant d’heures passées à rire, jouer ou se disputer ensemble laissent nécessairement des traces !
Lorsqu’ils sont plus âgés, nos enfants peuvent représenter des modèles, des références, et jouer les intermédiaires entre le monde imaginaire des tout-petits et le monde pragmatique des adultes : soit qu’ils aident à tartiner la confiture sur le pain, soit qu’ils poussent balançoires ou tricycles, soit qu’ils participent aux balades, ils sont toujours les bienvenus auprès des tout-petits.
Quelle tristesse, me direz-vous, lorsque dans certains départements, au nom de toujours plus de professionnalisation, lesdits enfants sont bannis du domicile durant le temps d’accueil, indésirables chez eux, en quelque sorte !

Pourtant, pour nos propres enfants, notre métier n’est pas toujours simple à accepter, ni à comprendre. Notre disponibilité tout d’abord. Si Maman est bien présente auprès d’eux, si elle reste à la maison au lieu de partir travailler à l’extérieur, ses enfants passent toujours en second, car les tout-petits accueillis sont la priorité de l’assistante maternelle.
Une question à poser : il faudra attendre que Maman ait fini de s’occuper du bébé. Des devoirs à faire ? Il faudra attendre que la chambre se libère tandis que les petits y font la sieste. Un besoin naturel urgent à assouvir ? Il faudra attendre que les toilettes soient accessibles, dès que la petite aura libéré la place ... et ça peut prendre un certain temps !

Le manque de reconnaissance sociale, les faiblesses de notre statut, la méconnaissance des réalités de notre profession sont un autre point dont nos enfants peuvent être amenés à souffrir. « La maman de Sophie, elle a un vrai métier, elle. Pourquoi toi, t’es assmat, Maman ? ». L’envahissement quotidien de notre domicile, le bruit incessant des tout-petits, les jouets traînant un peu partout font partie des contraintes que nous acceptons bien volontiers, mais qui peuvent finir par peser à nos proches.

Pourtant, j’en suis persuadée, la famille représente la valeur ajoutée de la qualité de l’accueil. Être une professionnelle de l’accueil individuel, ce n’est pas chercher à s’aligner sur des pratiques collectives, au nom d’une professionnalisation à caractère unique, de gestes et de pratiques qui se voudraient universels, de critères qui ne nous correspondent pas, d’une bonne manière de fonctionner qui se voudrait nécessairement différente d’un fonctionnement familial. Où le petit d’Homme pourrait-il grandir et s’ouvrir au monde, mieux qu’au sein d’une famille ? Être une professionnelle de l’accueil individuel, c’est savoir inventer au quotidien, à chaque minute, un équilibre fragile entre vie de famille et vie professionnelle. C’est savoir donner à chacun la place qui lui revient, c’est donner son temps, sa patience, son attention à tous, en gardant toujours en tête que nous exerçons un vrai métier, fait de responsabilités immenses, de joies et de tracas.
On comprend donc mal pourquoi certains Conseils départementaux interdisent la présence au domicile des membres de la famille de l’assistante maternelle durant son temps de travail, la condamnant à une solitude néfaste et dénaturant ainsi le propre de notre métier.
Article rédigé par : Françoise Näser
Publié le 31 mars 2019
Mis à jour le 15 avril 2019

2 commentaires sur cet article

Quels sont les départements concerné par cette interdiction? On en parle mais concrètement je n'ai jamais eu de cas .....
Portrait de Utopie
le 15/04/2019 à 08h52

C’est dommage. J’ai fait le choix d’une assistante maternelle pour prendre soin de mon petit garçon. Il adore les 3 fils, plus grands que lui, de « Nounou ». Ils ont été un modèle pour lui (il a voulu aller aux toilettes et enlever sa couche, comme eux). Il s’agit d’un accueil « familial » et ces liens humains sont importants dans la construction du tout petit à mon sens. Après, avant de trouver l’assistante maternelle pour mon enfant, j’en ai appelé beaucoup et rencontré plusieurs qui apportent beaucoup de négatif à la profession « mes enfants regardent la télé, oui, je suis chez moi quand même et mes enfants n’ont pas à en pâtir »... « c’est mon canapé, les enfants jouent dans ce carré par terre, interdit de s’assoir dessus, je vais pas le changer tout les ans »... « ah j’aurais préféré une fille »... « il ne marche pas à 16 mois ? C’est un petit fainéant ! » et j’en passe. Heureusement, elles ne sont pas toutes comme ça.