Les chroniques de Françoise Näser

Pôle Emploi et nous. Par Françoise Näser

Assistante maternelle, auteure

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Alors, je sais bien qu’il est très vilain, dans notre pays, de parler d’argent. Ce n’est vraiment pas très joli joli de prétendre, même si on adore son métier, qu’on travaille aussi pour gagner sa vie. C’est très déplaisant, pour tout dire, surtout lorsqu’on travaille dans la Petite Enfance. Car travailler avec des enfants c’est si gratifiant, si enrichissant (sans mauvais jeu de mot) qu’on le ferait presque pour le plaisir, n’est-ce pas ? Du bénévolat, en quelque sorte. Eh bien que nenni ! Les assistantes maternelles sont des salariées comme tout le monde.
Comme tout le monde, pas tout à fait quand même. Notre statut est complexe. Multi-employeurs, maxi soucis ! Et nous cumulons toutes les difficultés : de nombreux parents-employeurs (parents parfois de fratrie), des contrats en CDI (de trois ans, voire plus pour les accueils en périscolaires, ou bien moins lorsque le contrat se termine abruptement), des CDD de remplacement, des plannings variables, des horaires à chaque fois différents, des années complètes ou incomplètes, des congés de 5 semaines ou plus, des tarifs horaires variables, des périodes de chômage … A l’heure de la simplification administrative, un ange passe !
Qui n’a pas déjà rencontré de soucis avec Pajemploi ? Les lacunes sur nos bulletins de salaire sont si nombreuses que certaines assistantes maternelles préfèrent faire leurs fiches de paie elles-mêmes. Et que dire des erreurs de saisie de nos employeurs souvent novices, qui nous sont impossibles à corriger ! Seul l’employeur peut corriger les données bien sûr, s’il le veut bien, s’il admet l’erreur, s’il y arrive et si Pajemploi l’accepte. Quant aux renseignements donnés par téléphone, après des heures passées à tenter de les joindre, ils sont si variables d’un interlocuteur à l’autre qu’il faut mieux s’abstenir.
Cela dit, les erreurs de Pajemploi font figure de peccadilles comparées aux erreurs de Pôle Emploi. Alors comment vous dire … Saisir toutes les subtilités du système d’indemnisation relève déjà de l’exploit. Nos conseillers eux-mêmes admettent, un brin gênés, n’y rien comprendre « vous savez, nous, on rentre les données dans l’ordinateur, et lui, il calcule tout. » C’est pratique ! Sauf en cas d’erreur, bien sûr. On a beau s’actualiser en temps et en heure et envoyer nos bulletins de salaires en pdf (surtout évitez les courriers qui se perdent systématiquement dans une sorte d’insatiable trou noir qui avale parfois des dossiers entiers !) personne n’est à l’abri d’un litige. Litige, contentieux, médiation : des mots qui font peur.
N’y voyez aucune ingratitude de notre part ! Nous sommes certes reconnaissantes de bénéficier d’un système qui permet une indemnisation en cas de perte de revenu et qui permet à bien des familles de joindre les deux bouts en attendant de retrouver de nouveaux contrats : cela dit, ce n’est pas non plus un cadeau car nous cotisons pour cela chaque mois. Chômage partiel ou chômage total, les assistantes maternelles ne sont plus aujourd’hui exemptes du risque de perdre leur travail. Nos employeurs eux-mêmes sont précarisés, les offres d’accueil sont plus diversifiées, la concurrence fait rage. Pourtant, nous connaissons toutes des collègues qui hésitent à s’inscrire à Pôle Emploi en cas de chômage partiel ou total. Pourquoi donc ?
Inscrites à pôle Emploi, éligibles à l’ARE2, nous avons parfois la surprise de voir transiter sur notre compte en banque des sommes plus ou moins importantes. Transiter veut dire : un jour, apparaît un versement inhabituel d’un montant ne correspondant à rien de vraiment précis (une somme pourtant parfois rondelette, pour certaines de plusieurs centaines, voire milliers d’euros) résultat complexe d’une régularisation remontant à plusieurs mois, sinon à plusieurs années, versement que l’on nous somme de rembourser les jours suivants (ou bien pire, plusieurs mois ou plusieurs années plus tard !), car déclaré comme « indu » ou « trop perçu ». Les trop-perçus de Pôle Emploi, voilà notre nouvelle bête noire !

Les assistantes maternelles et leur situation administrative complexe semblent être la cible particulièrement fréquente de ce genre d’erreur. Nous voilà du jour au lendemain confrontées à des situations extrêmement stressantes : nous sommes endettées, pressées de rembourser des sommes parfois importantes, alors même qu’on nous avait assuré y avoir droit, et qu’elles ont par conséquent été dépensées. La complexité des calculs est impénétrable. Convocation à Pôle Emploi (toujours difficile lorsqu’on accueille parallèlement des enfants), pressions au téléphone, manœuvres d’intimidation, menaces de courriers d’huissiers ou d’assignation en justice, etc. Certaines assistantes maternelles, désespérées, y perdent leur santé… Et la colère gronde !





 
Article rédigé par : Françoise Näser
Modifié le 31 octobre 2016

2 commentaires sur cet article

Je suis en plein dedans ! Licencié il y a 2 ans, je n'avais pas profité de mes droits à pole emploi à l'époque car j'avais trouvé un contrat similaire et franchement s'actualiser et s'embêter avec les fiches de paie pour 30€ /mois , gérer ces fameux trop-perçu (et à l'époque on ne pouvait pas télé-transmettre ses documents !) , je viens d'avoir un licenciement pour déménagement il y a deux mois , et là c'est repartit pour la galère, premier mois = premier trop perçu de plus de 300€, pas de paiement de septembre effectuée (et nous somme les 31 octobre) , je crains déjà pour le paiement d'octobre... Entre temps 2 nouveaux licenciements et c'est repartit, les droits ne sont pas recalculés automatiquement, c'est à nous d'en faire la demande et encore faut-il être au courant ! J'ai déjà changer 2 fois de conseiller et déjà le 6ème interlocuteur différents au téléphone...