Un diplôme, pour quoi faire ? Par Françoise Näser

Assistante maternelle, auteure

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assistante maternelle et enfant
On nous reproche sans cesse d'être les travailleurs sociaux les moins bien formés. À juste raison puisque nos 120h de formation initiale (1) font pâle figure face à celles de nos collègues des EAJE : nous sommes considérés comme les parents pauvres de la Petite Enfance, les autodidactes, les dilettantes. Il faut bien avouer que l'on ne nous délivre un agrément qu'à contrecœur, la plupart du temps, uniquement parce que les assistantes maternelles représentent le mode d'accueil le moins cher pour l’État. Notre manque de formation -pour comparer, les auxiliaires de puériculture ont une formation initiale payante de 1435h d'enseignements théoriques et cliniques dont des stages pratiques (2) - fait que l'on ne nous fait jamais sincèrement, totalement et réellement confiance, et nous sommes ainsi constamment sur la sellette, soupçonnées de mal faire notre travail (en quoi consiste-t-il concrètement, au final ?

D'un département à l'autre, d'une Pmi, d'une puéricultrice, d'une assistante sociale à l'autre, les règles changent constamment), de délaisser, voire de maltraiter les enfants et j'en passe. Pour les collègues soupçonnées ou accusées à tort, pas de présomption d'innocence... Passer devant la CCPD (3), devant le tribunal administratif, payer les frais d'avocat, subir opprobre, sans assurance de pouvoir continuer à travailler, c'est un chemin long, usant  et coûteux ; nous sommes fort démunies et très peu finalement osent entamer ce combat car c'est le pot de terre contre le pot de fer !

On nous reproche sans cesse d'être les travailleurs sociaux les moins bien formés. Or nous sommes nombreuses à réclamer haut et fort une formation diplomate et un accès simplifié à la formation continue sur nos heures de travail. Une formation diplômante serait à nos yeux le seul moyen d'être enfin reconnues comme de vraies professionnelles de la Petite Enfance. De pouvoir nous positionner clairement dans le monde du travail, de pouvoir percer le plafond de verre de notre profession, de pouvoir évoluer dans une filière Petite Enfance à venir. A cela, on nous réplique « une formation initiale diplômante, ce serait fermer l'accès à la profession aux personnes fâchées avec l'école ».
Bien sûr, il existe de gentilles nounous qui sont illettrées et/ou parlent à peine français, ont un niveau d'études très bas, ne souhaitent pas se former et/ou tremblent à l'idée d'avoir à passer des examens… Néanmoins, préférez-vous personnellement vous faire coiffer par une personne ayant reçu une vraie formation et obtenu son diplôme ou bien confierez-vous sans rechigner votre tête à quelqu'un qui n'a que 60 h (deux semaines !) de formation avant d'avoir le droit de vous couper les cheveux ? Préféreriez-vous vous faire opérer par un chirurgien avec ou sans formation diplômante ?

L'idée fausse que pour être assistante maternelle, il suffirait de posséder des qualités humaines innées et non des compétences, savoir-faire et savoir-être acquis, semble néanmoins bien ancrée.
Instaurer une formation diplômante avant l'accès à cette profession, avant d'endosser l'immense responsabilité d'accueillir des enfants qui ne sont pas les nôtres, serait non seulement extrêmement bénéfique aux enfants, mais aussi à leurs parents ainsi qu'aux professionnels. Notre monde change et avec lui les connaissances sur les enfants, leur développement, leurs besoins, leur fonctionnement. Les parents ont aujourd'hui une toute autre attente envers nous qu'une simple "garde"  ce qui était la norme lorsque j'ai commencé à travailler il y 14 ans. La donne a changé. Nous devons tous avoir conscience des enjeux de la Petite Enfance(4).

On nous reproche sans cesse d'être les travailleurs sociaux les moins biens formés. Pourquoi alors refuser le droit aux assistantes maternelles de faire partie intégrante de la filière Petite Enfance qui est en train de se créer ? Pourquoi vouloir maintenir 350 000 personnes dans la précarité et l'invisibilité professionnelle, sans médecine du travail, sans indemnités chômage ni retraite décente, sans évolution professionnelle possible ? Nous sommes actuellement à la merci de la moindre dénonciation calomnieuse, d'un contrôle qui se passerait mal (je ne remets ici nullement en cause l'utilité des contrôles mais la manière dont ceux-ci se passent actuellement, et l’extrême fragilité et vulnérabilité dans laquelle nous nous retrouvons dans ces moments-là), d'un renversement de situation brutal au moment du renouvellement d'agrément que nous abordons toutes avec angoisse tous les 5 ans, etc.
Et les médias ne nous aident guère en se faisant les gorges chaudes de chaque nouvel incident dramatique chez une assistante maternelle, particulièrement au moment de la rentrée scolaire, l'avez-vous remarqué ? Comme si les parents n'étaient pas déjà assez angoissés comme cela de devoir confier leur petit à une parfaite inconnue ! Que de reportages tous plus négatifs les uns que les autres sur les assistantes maternelles, et que de merveilleux sujets vantant les mérites de la crèche, où les professionnels, eux, ont reçu une formation diplômante, preuve à leurs yeux d'un accueil de qualité ! Et que de parents frustrés de n'avoir pas obtenu le fameux sésame, une place en EAJE, contraints et forcés de se tourner vers nous, l'éternel plan B...
 
    
(1)  120h de formation initiale, dont 60h avant d'accueillir les enfants et 60h dans les deux années suivantes.
(2)   http://www.devenir-auxiliaire-puericulture.fr/formation.php
(3)  CCPD : Commission Consultative Paritaire Départementale
(4)  Voir le rapport Giampino sur les besoins des enfants accueillis et les formations des professionnels de la Petite Enfance
Article rédigé par : Françoise Näser
Publié le 31 juillet 2016
Mis à jour le 03 octobre 2019
article qui correspont totalement au quotidien, merci d'avoir mit des mots sur mon mal-etre professionnel