Devoir de confidentialité : plus difficile pour les assistantes maternelles. Par Géraldine Chapurlat

Juriste

dialogue parent - professionnelle

Dernièrement en visite chez mon ostéopathe, j’ai attendu dans la salle d’attente un peu plus qu’à l’accoutumé. Quelle ne fut pas ma surprise lorsqu'il s’est mis à m’expliquer dans le détail la pathologie du patient qui me précédait pour justifier mon attente. Sans ses confidences, rien de ce que j’avais pu voir dans la salle d’attente, lorsque j’ai croisé ce patient, n’aurait pu m’indiquer que cette personne était atteinte d’un handicap psychique.

J’ai d’abord réagi en tant que patient en espérant que le professionnel que je consultais ne s’épanchait pas de ma situation auprès d’un autre patient… J’ai aussi réagi en référence avec ce que j’enseigne aux professionnels petite enfance et travailleurs sociaux : comment faire en sorte de cerner ses engagements ? Comment respecter la vie privée des personnes auprès desquelles ils travaillent ?

Puis je me suis posée la question de savoir pourquoi ce professionnel souhaitait partager cette information. Loin de penser qu’il n’avait aucune conscience de ses engagements vis-à-vis de la vie privée de ses patients, c’est à mon sens son isolement professionnel d’une part, et son désarroi face à la situation d’autre part, qui l’ont poussé à agir de la sorte.
Ces questions d’isolement professionnel et de désarroi ont tout de suite fait écho à la situation des assistantes maternelles. La nécessité de partager ne se pose quasi pas pour les évènements heureux : une promotion, une nouvelle grossesse sont faciles à garder secrets. C’est un signe de professionnalisme que prendre la mesure de ces engagements en termes de respect de la vie privée des familles des enfants accueillis…

Les assistantes maternelles vont d’avantage se retrouver en difficulté lorsqu’elles sont porteuses d’informations particulièrement douloureuses : celle à qui on annonce une fausse couche de la maman ou une maladie grave ou encore celle qui se retrouve en plein conflit conjugal. Elles  éprouvent alors très souvent le besoin de partager ces éléments de la vie privée parce qu’ils sont sensibles et douloureux, dramatiques parce qu’ils sont trop lourds à porter pour elles seules et qu’ils les empêchent de travailler sereinement.
Dans une équipe petite enfance, on considèrerait que le partage de cette information sensible serait rendu nécessaire pour pouvoir prendre du recul… Que dire aux assistantes maternelles qui travaillent seules à domicile ? Si certains relais assistants maternels proposent des séances d’analyse de la pratique, c’est évidemment le lieu idéal pour en partager et tenter d’analyser. Malheureusement peu de RAM le proposent

L’interdiction formelle de partager me parait illusoire : il reste alors le recours au « bricolage » avec le respect de la vie privée : on partage avec son conjoint, sa collègue assistante maternelle… Pour que le bricolage soit respectueux de ses engagements en termes de respect de la vie privée, il faut à mon sens être au clair avec les raisons du partage : « Je partage avec ma collègue des informations qui concernent la vie privée de la famille que j’accueille car cette information-ci est trop lourde, et je veux tenter d’analyser les moyens de la mettre à distance et continuer mon travail tranquillement auprès de cet enfant et sa famille… » J’encourage par ailleurs à donner au partage un caractère solennel qui marque son caractère exceptionnel : avec une collègue assistante maternelle, ces échanges ne se font pas au parc, mais sur un temps hors de la présence des enfants et de toute autre personne.

Que les informations dont elles sont porteuses soient sensibles ou non, les assistantes maternelles doivent avoir conscience de la situation paradoxale dans laquelle elles se trouvent à l’égard de la notion de vie privée. En exerçant leur métier à leur domicile où les membres de leur propre famille exposent aussi une part de leur vie privée, elles doivent, régulièrement se questionner sur les difficultés qu’elles rencontrent dans le respect de la vie privée des familles qu’elles accueillent. Un exercice difficile, reconnaissons-le…

Article rédigé par : Géraldine Chapurlat
Publié le 03 mai 2018
Mis à jour le 04 mai 2018