Les chroniques de Jean-Robert Appell

Adaptation à la séparation ou construction du lien ? Par Jean-Robert Appell

Educateur de jeunes enfants, formateur à L'association Pikler-Loczy

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Adaptation à la crèche
Adaptation, familiarisation, intégration, les dénominations ne manquent pas pour définir cette période pendant laquelle l’enfant rencontre un nouveau lieu, crée de nouveaux liens avec de nouvelles personnes. Chaque institution défend sa propre perception de ce qu’est cette période. « L’adaptation » a souvent fait son œuvre, « il faut qu’il s’adapte », parlant de l’enfant, dans le « il faut », tout est dis, c’est à l’enfant de faire le boulot, il n’a pas le choix !
Cette période est souvent organisée comme suit en collectivité ; le premier jour, le parent reste, le deuxième jour, il part un quart d’heure ou une demi heure, l’idée est que la durée de la séparation augmente tous les jours. C’est bien une adaptation à la séparation ! Problème, l’enfant est d’emblée en situation potentielle de stress lié à l’insécurité causée par la séparation. Séparation qui devient une rupture. Pour l’enfant, il est très difficile dans ces conditions de créer du lien avec une personne nouvelle, comme il est difficile d’engager son activité autonome créatrice de son « je » dans l’institution.
La première chose au travail lorsque qu’une équipe accueille un tout jeune enfant, c’est favoriser sa sécurité interne, nous ne la décrétons pas mais nous mettons  en place un environnement que l’enfant pourra (ou pas) prendre. Le mettre d’emblée en situation de stress n’est peut être pas la meilleur méthode.
Nous pouvons changer de paradigme, ne plus travailler sur la séparation mais sur la création du lien. Par exemple, pendant toute la période de (du mot que vous aurez choisi plus haut), le parent ou la personne sécurisante pour l’enfant ne parte pas mais reste avec lui sur un temps donné (une demi heure à une heure par jour, voir plus, voir moins selon l’observation de chaque situation) et cela pendant une semaine ou deux.
L’enfant en présence d’une figure d’attachement sécurisante pourra donc, en sécurité, rencontrer et créer du lien avec une personne qui pourra devenir une personne sécurisante pour lui. L’observation montre, dans cette situation, que l’enfant prend de l’assurance dans l’exploration de l’espace et des jeux, il s’éloigne progressivement de son parent et symboliquement, c’est lui qui prend de la distance. Il est actif dans le processus. L’enfant peut être actif, initier son activité, se concentrer et trouver du plaisir à jouer dans ce lieu nouveau.
Lorsque viendra le moment de la séparation, l’enfant sera plus armé pour supporter la séparation qui sera peut être moins vécue comme une rupture. Les accroches relationnelles avec la personne référente, l’expérience du plaisir d’être actif dans ce lieu seront des ressources sur lesquelles l’enfant pourra s’appuyer par la suite.
C’est aussi, pour les parents l’occasion d’observer comment les professionnels s’occupent des enfants et aux professionnels de recueillir des informations sur l’enfant et la relation enfant parents.
Comme d’habitude, tout n’est pas si simple et demande un gros travail d’organisation et d’adaptation à chaque famille mais ça vaut au moins le coup d’y réfléchir, les lieux qui pratiquent ce type d’accueil en sont plutôt satisfaits. En systémie, on parle d’« affiliation », pas mal, à réfléchir.
Article rédigé par : Jean-Robert Appell
Modifié le 18 août 2017