La mise en scène. Par Jean-Robert Appell

Educateur de jeunes enfants, formateur à l'Association Pikler-Loczy

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petite fille qui joue
Etre actif est un besoin fondamental pour le tout petit, Emmi Pikler a démontré l’importance et la valeur élaborative de son activité autonome. Comment, à travers son initiative, le bébé prend conscience de son corps, développe son intelligence et se construit psychiquement. Les nouvelles découvertes en neurosciences semblent aller dans ce sens.

L’enfant est actif au cours des soins corporels mais aussi dans son jeu. Le « jeu libre » est un non - sens, le jeu est forcément libre, nous parlerons d’activité libre ou de « je » libre.
L’une des nombreuses fonctions du jeu est certainement la conquête de la liberté du « je ».

Des vêtements adaptés, une position qui permet à l’enfant d’agir (le transat n’est pas l’objet le plus pratique pour bouger), mais aussi des jouets à disposition seront des éléments importants pour cette démarche. Il est courant d’observer dans nos structures d’accueil des jouets rangés dans des contenants dans un meuble bas. Ces jouets sont en théorie à disposition de l’enfant mais souvent, celui-ci n’en voit pas le contenu et il trouve intéressant, avec raison, de vider tous les contenus au sol sur le tapis souvent présent à cet endroit. A part du transvasement, ce qui n’est pas si mal, le tout-petit ne peut plus jouer tant tout est mélangé. Parfois, les jouets sont rangés en hauteur et l’enfant doit les demander à l ‘adulte, l’enfant n’a pas accès directement aux jouets. Dans l’aménagement de l’espace, nous favoriserons des jouets à disposition au sol, dans un espace structuré.

« Permettre à l’enfant de suivre son intérêt du moment » est une phrase qui nous guide au quotidien, répondre à ses besoins : transvaser, faire rouler, emboiter, associer, etc. Winnicott nous dit que le jeu est pour l’enfant la mise en scène de sa vie psychique, il joue ce qui l’intéresse en ce moment, ce qui lui fait plaisir mais aussi ce qui lui permet de développer ses compétences. Pour cela, les adultes se transforment en metteur en scène, ils organisent l’espace par sa structuration et son contenu afin que l’enfant puisse être un acteur passionné par son activité. L’adulte est le metteur en scène de l’environnement de l’enfant, l’enfant peut ainsi devenir le metteur en scène de ses propres expériences.

D’abord la diversité des propositions de jouets ou objets, en lien avec la réalité de l’espace proposé, mais pas trop de jouets. Ensuite, dans la mesure du possible des jouets installés au sol, classés par catégorie dans des espaces repérables ; un tapis au sol avec dessus un jeu de construction est un espace délimité. Les enfants n’auront aucun mal à les faire circuler et les mélanger. Des jouets visibles et accessibles. Pour les plus grands, les puzzles et autres dessins pourront être installés sur une table.

Cette organisation permet de favoriser les petits groupes d’enfants et surtout la liberté pour l’enfant de DECIDER ce avec quoi il souhaite jouer et cela de façon autonome. Décider est bien un « je » en développement.

Des jouets simples, adaptés, mis en scène, favoriseront la créativité de l’enfant, cela limitera les activités organisées par les adultes. Les activités organisées par l’adulte comme le dessin dans la deuxième année, la peinture pour les plus grands sont des activités accompagnées et non des activités dirigées. L’activité dirigée, nous la retrouvons plutôt à l’école, elle est accompagnée d’une consigne pour sa réalisation. L’activité accompagnée est toujours libre mais pas obligatoirement proposée, même si certaines devraient être présentes régulièrement comme « tracer » avec des crayons ou des feutres; dessiner quoi !

L’aménagement de l’espace est une partition musicale, les notes bien agencées emmènent l’enfant dans ses territoires intimes et dans la rencontre de l’autre. Si les notes sont mal agencées, dysharmoniques, l’aménagement est un bruit de fond inaudible.
Article rédigé par : Jean-Robert Appell
Publié le 11 juin 2018
Mis à jour le 11 juin 2018