Les chroniques de Jean-Robert Appell

Le conflit, source de rencontres. Par Jean-Robert Appell

Educateur de jeunes enfants, formateur à L'association Pikler-Loczy

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conflits bébés
Le thème c’est l’aménagement de l’espace. Le lieu : une mini crèche. Le cadre : une visite de courtoisie pour aider la directrice à repenser l’aménagement de sa structure. Lorsqu’arrive la question de la « cabane », petite maison en bois dans laquelle les enfants peuvent entrer et sortir librement, elle me dit : « la maison, on n’ y touche pas ! » et un peu plus loin, « les enfants jouent très bien avec ». D’accord, mais au bout d’un moment, me rappelant que les observations sont plus précises que les impressions, je lui demande ce que font les enfants dans cette cabane. « iIs ont des conflits, il y a des bagarres » dit- elle et rajoute : « c’est la socialisation ».
Si la rencontre de l’autre et apprendre à vivre ensemble passent par se taper dessus, je comprends mieux le monde dans lequel nous vivons.

Il est vrai que le conflit possède des vertus intéressantes et fait partie des processus de socialisation. Pour l’enfant c’est l’affirmation de soi et la rencontre de la différence de l’autre, ce qui n’est pas une mince affaire. Rencontrer le conflit, donc rencontrer l’autre est une expérience positive pour l’enfant mais seulement si ceux-ci sont peu nombreux et gérables par l’enfant. Ce n’est certainement pas à l’adulte de les organiser.

Laissons donc les enfants vivre leurs conflits accompagnés d’un regard attentif de l’adulte. Adulte qui intervient directement si les enfants se font du mal à eux-mêmes ou aux autres (tirer les cheveux, morsures, etc.) mais aussi si un enfant est régulièrement soumis à d’autres ou si, simplement, ils ne trouvent pas de solutions à leur problème. L’adulte sera attentif dans les modalités de son intervention à ce que les enfants apprennent quelque chose de la négociation.

Le conflit possède des vertus positives, la violence jamais ! Nous parlons de violence lorsque nous touchons à l’intégrité de l’autre, physiquement ou moralement. Un enfant n’est jamais violent mais son acte peut être vécu violemment par l’autre enfant qui a par exemple été mordu.
Identifier l’enfant à son acte, c’est prendre risque que lui-même l’intègre dans son identité, cela touche profondément à la construction de l’estime de soi.

Les processus de socialisation se mettent en place dès la naissance dans une relation individualisée avec un adulte sécurisant pour l’enfant. Nous sommes bien loin de la collectivité. C’est dans cette relation avec l’adulte que l’enfant va rencontrer l’empathie, le partage, le respect, etc. Par la suite, il reproduira ces expériences relationnelles avec les autres enfants. Nous aménagerons l’espace, les temps de repas afin de favoriser les rencontres entre les enfants, que ce soient des moments agréables et constructifs.
Pour ce qui est de la « cabane », les enfants montrent beaucoup de plaisir à l’utiliser, ça se passe beaucoup mieux lorsqu’elle a une porte devant et une autre derrière. Et parfois, enlever la moitié du toit peut aussi permettre aux enfants de se sentir moins coincés dedans.

Lorsque l’on demande au psychologue Blaise Pierrehumbert ce qui nous définit comme adulte, il répond : « peut-être, accepter la part de l’autre… ».  On a un peu de boulot là non ?

 
Article rédigé par : Jean-Robert Appell
Modifié le 08 octobre 2017