Séparations, d’accord, mais aussi retrouvailles ! Par Jean-Robert Appell

Educateur de jeunes enfants, formateur à L'association Pikler-Loczy

Istock
Mère et son bébé
Il est assez courant dans nos institutions de travailler sur le temps de la séparation du matin entre les parents et les enfants, il l’est beaucoup moins de travailler sur le temps des retrouvailles le soir. Dans les représentations, se séparer est souvent perçu comme négatif et se retrouver, forcément c’est mieux.
Se séparer, c’est se retrouver… ailleurs ! C’est une ouverture à d’autres mondes, d’autres expériences, d’autres rencontres. Pour l’enfant, se séparer, c’est la possibilité de l’individuation, c’est un long processus qui demande beaucoup d’attention de l’adulte qui l’accompagne. L’enfant est actif dans ce processus, il conquière son autonomie. Donc, la séparation est fondamentalement positive et nécessaire à la « construction » de l’individu, même si toutes les séparations ne sont pas positives et si notre société l’impose trop tôt aux tous petits.

Le moment des retrouvailles ne se passe pas toujours si bien, il n’est qu’à écouter les professionnels mais aussi les parents pour s’en rendre compte. Le catalogue, incomplet est sans appel :
-    « L’enfant part dans tous les sens »
-    « Il fait tout ce qui est interdit »
-    « Il fait la tête à son parent »
-    « Il ne veut pas partir avec son parent »
-    « il se met en colère sans raison »
-    « Il se jette dans les bras du professionnel »
-    Etc.
Certains facteurs nous permettent de décrypter ce moment :
-    D’abord, le rapport au temps, différent pour le parent qui anticipe la rencontre avec son enfant alors que l’enfant, tout petit peut voir son parent comme une apparition soudaine. Cela crée un grand malentendu, le parent est prêt à retrouver son enfant, l’enfant, lui a besoin de temps pour retrouver son parent.
-    Paradoxalement cela peut être un moment où l’enfant se retrouve un peu seul, en présence du professionnel qui s’est occupé de lui dans la journée et du parent qu’il retrouve… ou pas. J’ai en observation l’arrivée d’un parent qui prend son enfant dans les bras, lui fait un gros bisou puis le repose au sol et se tourne vers le professionnel en attente des transmissions de la journée.
-    Dans la même idée, c’est aussi un temps dans lequel l’enfant peut ne plus être contenu par les adultes, le parent étant présent, le professionnel se retire fort logiquement pour s’occuper des autres enfants, mais le parent et l’enfant ne se sont pas encore retrouvés. Tout à l’excitation des retrouvailles, l’enfant peut être un peu débordé par ses émotions.
-    Il est possible aussi que plus personne ne tienne le cadre et ses règles. Le professionnel peut se dire que le parent étant présent, c’est lui qui reprend l’autorité sur l’enfant. Le parent, lui se dit qu’il n’est pas chez lui (là, j’ai une pensée pour les assistantes maternelles qui en plus sont chez elles) et qu’il n’a pas à intervenir. Bref, les adultes se regardent et l’enfant s’en donne à coeur joie ou à coeur triste, c’est selon. Rappelons à ce propos que c’est le professionnel qui porte le cadre et les règles afférentes.

Les retrouvailles, ne sont pas si simples, des parents peuvent se sentir un peu blessés lorsque leur bébé se détourne d’eux ou lorsque plus grand, il s’accroche au professionnel et ne veut pas partir, le sentiment de culpabilité d’avoir « laissé » l’enfant n’est jamais loin, la peur de perdre l’amour non plus. Les professionnels devraient, et ce n’est pas toujours facile, accompagner ce temps des retrouvailles, rassurer les parents sur le fait que les enfants ont besoin de temps pour retrouver leurs parents et… que le temps des retrouvailles, c’est aussi pour l’enfant un temps de séparation d’avec la personne qui s’est occupé de lui dans la journée et à laquelle il est attaché. C’est ainsi fait, les attachements sont multiples et différenciés.

Le temps du matin est un temps de séparation mais aussi un temps de retrouvailles et le temps du soir est un temps de retrouvailles mais aussi un temps de séparation. Pour l’enfant, ces temps de transitions sont parfois difficiles à vivre et demandent beaucoup d’attention de la part des adultes.

Bon, il faut qu’on se sépare, j’ai dépassé mon quota de caractères !
Article rédigé par : Jean-Robert Appell
Publié le 14 janvier 2018
Mis à jour le 14 janvier 2018