Le banc des maîtresses. Par Julie Marty-Pichon

EJE, professeur des écoles

cour de récération de maternelle
Qui n’a pas un jour, en passant devant une cour de récréation d’école, médit sur les maîtres et maîtresses assis sur le banc pendant que les enfants jouaient à l’extérieur ?
Qui ne s’est pas dit « elles pourraient quand même s’occuper des enfants dans la cour et pas se raconter leur week-end ! » ?

Je l’ai pensé à de multiples reprises, je l’avoue. Et je me suis dit en entrant dans le métier de professeure des écoles que moi, l’EJE, j’aurai une toute autre attitude professionnelle pendant la récréation. J’aurai mis en oeuvre tous les principes que j’enseigne moi-même en formation : se déplacer dans la cour, proposer des jeux aux enfants s’ils le demandent, discuter avec eux, se positionner chacun à un endroit de la cour pour avoir une vision globale et permettre à tous les enfants de pouvoir voir un adulte.
Bref, je l’ai fait, en septembre, et puis petit à petit, beaucoup moins jusqu’à ne plus le faire du tout. Au-delà du sentiment de culpabilité qui a pu m’envahir, j’ai tenté de comprendre pourquoi tout compte fait les enseignants avaient besoin de ce banc pendant les récréations.
En maternelle,  deux temps de récréation d’une demi-heure chacun sont proposés dans la journée (en milieu de matinée et en milieu d’après-midi). Selon les jours, le climat de classe peut être “électrique”, le fameux « je ne sais pas pourquoi mais ils sont excités aujourd’hui ». Situation que l’on retrouve aisément en multi-accueil !

Pendant 1h30-2h, on a tenu le groupe tant bien que mal malgré la diversité des activités proposées, et arrive enfin la récréation ! Ces jours-là, les principes volent en éclat, la fatigue nerveuse prend le dessus et je suis contente de retrouver ce banc et de pouvoir poser mon “cerveau” quelques minutes.  Quelques instants où je pourrai ne plus être sollicitée en permanence, juste quelques instants … Mais ce n’est pas le cas, je passe beaucoup de temps à la régulation des conflits entre enfants. D’autant qu’à l’heure du COVID, la cour est séparée en 4 espaces et les structures de motricité ne sont plus accessibles. Heureusement, j’ai la chance d’avoir par terre dans mon carré les feuilles mortes du tilleul ! Mais les enfants se disputent les feuilles quand d’autres jouent “à la bagarre”. J’interviens, je régule, je discute mais je fatigue. Vous ajoutez à cela l’excitation et la fatigue des enfants en ce mois de décembre où peut-être dans certaines familles le chantage affectif au Père Noël qui ne passera pas si tu n’es pas sage est de mise, et le tour est joué pour un groupe survolté !
Pour finir, ce banc, c’est aussi un des moments informels de la journée où on peut échanger avec ses collègues sur une situation, un atelier qui ne s’est pas passé comme on l’aurait souhaité, demander un conseil ou tout simplement seulement discuter avec un adulte !  

Allez, la semaine prochaine, j’apporte des grosses craies pour jouer dans la cour et j’arrête de culpabiliser de m'asseoir 10 minutes sur ce banc !
Article rédigé par : Julie Marty-Pichon
Publié le 04 décembre 2020
Mis à jour le 04 décembre 2020