Ma première rentrée des classes. Par Julie Marty-Pichon

EJE, professeur des écoles

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petite fille allant à l
15 juillet 2020, j’apprends sans y croire vraiment que j’ai réussi le Concours Régional  des Professseurs des Ecoles (CERPE). Ça y est, j’y suis, une toute nouvelle vie professionnelle commence. Quelques jours plus tard, la nouvelle tombe : je suis affectée sur une école maternelle. Le Graal ! Je vais enfin exercer mon métier d'Éducatrice de Jeunes Enfants à l'école maternelle.  
Me voilà donc dans le grand bain de l'Éducation Nationale avec une classe de petits-moyens, 23 au total (8 petits et 15 moyens).

Qui dit petits-moyens, dit premières grandes séparations. Sauf qu'à l'école maternelle, il n'y a pas de familiarisation. Si certains enfants apprivoisent très rapidement les adultes qui vont les accueillir quotidiennement, d'autres plus jeunes, plus anxieux, ou n'ayant jamais fait l'expérience de la collectivité mettront des jours voire des semaines à s'acclimater aux espaces et aux personnes.

Émilie, première année de maternelle, pleure tous les jours depuis mardi 1er septembre en demandant son papa. Doudou à la main quasiment toute la journée en classe, prise dans mes bras ou de ceux de l'Atsem, Émilie s'apaise de temps en temps puis pleure à nouveau. Malgré toute mon empathie, lui redire tous les jours et ce plusieurs fois par jour le déroulé de sa journée : tu joues, tu manges à la cantine, tu dors, tu joues et papa arrive. C'est trop difficile pour elle. Et aujourd'hui, alors que j'entamais les dernières 40 minutes de la journée avec mes 23 petits-bouts, Émilie pleurait encore. Parce que nous sommes 2 pour 23, que cette enfant à ce moment -là de la journée ne voulait être qu'avec moi, j'ai dû lui expliquer que je ne pouvais plus être disponible, que les 22 autres copains étaient là et qu'ils attendaient l'histoire. J'ai dû lui dire : "STOP Émilie, papa va arriver". Pour finir par ces mots échangés avec l'Atsem de ma classe en fin de journée : « elle n'est pas prête ». Moi, l’EJE, j’ai dit ça ?!

Alors vous vous dites, c'est violent l'école maternelle, comment à 2 adultes pour 23 on peut accueillir et accompagner ces jeunes enfants dans les meilleures conditions ?Je vous répondrais, oui c'est violent mais j’observe tous les jours depuis une semaine, les progrès émotionnels de tous ces jeunes enfants inquiets.
C’est Juliette qui donne la main à Emilie dans la cour pour entrer en relation et s’apaiser mutuellement. C’est Matthieu, apeuré, que je garde pendant 15 minutes sur mes genoux en récréation vendredi après-midi et qui cette semaine s’est trouvé des camarades de jeux et joue de façon sereine. C’est la maman de Justine, chez les moyens, qui, hier matin, me dit à l’accueil : « je ne sais pas ce que vous lui avez fait mais elle m’a dit que l’école c’était super ! »

Ces petits moments sont précieux et sont des belles petites victoires car, oui, l’école ça devrait être “super” pour tous les enfants !

 
Article rédigé par : Julie Marty-Pichon
Publié le 09 septembre 2020
Mis à jour le 09 septembre 2020