« Ah bon, la formation est nécessaire ? » Par Monique Busquet

Psychomotricienne, formatrice petite enfance

David ADEMAS
Petite fille 2ans et demi
Que faire et que dire lorsque nous entendons des questions comme « mais au fond y-a-t-il vraiment besoin de « compétences spécifiques »  pour s’occuper » des jeunes enfants, puisque les parents ou les baby sitters n’en ont pas besoin » ?   
Quelle méconnaissance des besoins des jeunes enfants !
Comment penser qu’il n’y aurait pas besoin de formation pour veiller à la santé, la sécurité, le bien-être et le développement des jeunes enfants accueillis en l’absence de leurs parents ?  

Que comprendre de ces questions si surprenantes ? Que la réalité des besoins des tout-petits est encore très mal connue dans l’ensemble de notre société ! Que toutes les connaissances acquises depuis plusieurs dizaines d’années par les professionnels de la petite enfance, ne sont pas encore suffisamment partagées au « grand public » ! Que sans doute il n’est pas encore intégré que les bébés ont d’autres besoins que manger et dormir ou qu’ils ne pleurent pas juste « pour embêter », comme je l’entends encore trop souvent !

Il est vrai que les pratiques dans les lieux d’accueil ont fortement évolué et progressé depuis quelques dizaines d’années. Les professionnels de la petite enfance ont beaucoup appris sur les effets de la séparation, les besoins de sécurité affective et liens d’attachement, sur les processus et conditions du développement psychomoteur, psychoaffectif et cognitif, sur l’immaturité psychique et cérébrale, sur les modes de communication et de relation….
Certes, il n’y a pas de « programme d’enseignement », mais la mise en place des conditions favorables au développement de l’ensemble des compétences de chaque enfant. Tout un travail bien complexe pour permettre à l’enfant de développer ses potentiels moteurs, cognitifs, émotionnels, de langage et communication…  
Alors à nous de savoir encore et toujours partager, transmettre et expliciter, aux parents, à nos entourages, aux décideurs et dans la sphère publique !
Non, cela ne s’improvise pas de prendre soin des enfants en l’absence de leurs parents !

Oui, chaque personne doit être formée pour :
- ne pas faire seulement comme elle a toujours fait avec ses propres enfants, ou comme ses parents ont fait avec elle, ou comme elle a toujours vu dans sa propre famille ou entourage…   
- ne pas réagir avec la spontanéité de ses réactions émotionnelles
- savoir prendre du recul
- remettre en question ses habitudes et ses propres principes éducatifs
- avoir des pratiques réfléchies et ajustées à chaque enfant
- prendre en compte l’immaturité motrice, psychique, émotionnelle de l’enfant
- rester solide et bien-traitant, dans des conditions de travail trop souvent difficiles
….

Un professionnel doit s’appuyer sur des connaissances réactualisées sur la globalité des besoins des enfants
- ses besoins physiologiques (alimentation, sommeil, soins, mouvement)
- ses besoins de relations, et de sécurité affective, de lien d’attachement « juste »
- d’action, d’exploration et de mouvement
- d’un environnement cohérent, riche et varié
- d’être compris dans ses émotions
- de langage et paroles ajustées à ce qu’il vit
-  d’espaces et de supports d’éveil et de jeu ajustée à son développement

Un professionnel a besoin d’avoir acquis des savoirs, savoir-faire et savoir-être pour proposer un accompagnement de qualité à chaque enfant.
Il a besoin de ces connaissances pour observer et décoder ce que manifeste les enfants, dans leur corps, leurs mimiques, leurs réactions, bien avant qu’ils ne puissent parler de façon explicite.
Il en a besoin pour ajuster ses réponses, pour sécuriser chaque enfant, pour l’accompagner dans ses modes de relation aux autres.
Il en a aussi besoin pour ses missions de prévention, de participation au repérage précoce des troubles de développement et de soutien des parents dans leur parentalité.

Il sait la patience, le temps, la disponibilité et l’investissement nécessaires dans cet accompagnement en qualité, pour veiller à la santé physique et psychique du jeune enfant, pour qu’il développe des bases suffisamment solides pour des acquisitions scolaires ultérieures et ses capacités à vivre dans les collectifs.

Alors oui, il va nous falloir inventer comment dire à tous, montrer, expliciter l’ensemble des compétences nécessaires.
Parce que le bon coeur ne suffit pas, même s’il est nécessaire !
Parce que plus un enfant est jeune, plus il est « vulnérable » et dépendant des adultes,  plus il a besoin d’accueil de qualité !

 
Article rédigé par : Monique Busquet
Publié le 29 août 2022
Mis à jour le 30 août 2022