Cette culpabilité qui nous encombre ! Par Monique Busquet

Psychomotricienne

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petite fille coupable
Vous vous êtes sûrement déjà dit des phrases comme «  je n’aurais pas dû agir comme cela ou dire ceci », « J’aurais dû », « je n’aurais pas dû ». Pour chacun de nous, ces pensées, ces questions sont plus ou moins gênantes. Parfois elles empêchent de dormir. Or, se culpabiliser ainsi est assez inutile et même nocif pour la santé.  
Alors pourquoi cette tendance à se culpabiliser est-elle si fréquente ? Comment se construit-elle ?

Ce sentiment de culpabilité, plus ou moins fort et plus ou moins enfoui, prend sa source sur tout ce que nous avons pu nous-mêmes entendre et recevoir alors que nous étions enfant. De nombreuses paroles, trop fréquemment dites par les adultes amènent les enfants à se sentir coupables : « Tu n’aurais pas dû », « Je t’avais prévenu, tant pis pour toi », « C’est de ta faute », « A cause de toi » ou encore « Tu me fatigues, tu me rends malade » « Tu n’es pas gentil » et bien d’autres encore dont vous avez peut-être des souvenirs et des traces depuis votre enfance.
Ainsi trop souvent encore, les adultes attribuent aux enfants une intention d’embêter, de déranger, de faire du mal. Ils leur reprochent d’avoir des mauvaises intentions, de « faire exprès ».

Dire, répéter et faire respecter à un enfant les règles et interdits est essentiel, c’est l’accompagner à grandir,  mais cela ne devrait pas être synonyme de reproches.
Chaque fois que nous reprochons à l’enfant ce qu’il est, ce qu’il a fait, nous lui renvoyons alors une image de lui négative, comme si nous lui  en voulions de ne pas être déjà plus grand. C’est l’ensemble de ces paroles, de ces regards posés sur l’enfant, qui nourrissent le sentiment de culpabilité, le sentiment de ne pas être à la hauteur des attentes, de décevoir et d’être jugé. Ces paroles sont intériorisées par l’enfant qui grandit. Devenu adulte, il se les dit lui-même.
Il est donc essentiel de comprendre l’effet de nos paroles et réactions, de comprendre leurs conséquences négatives chez l’enfant comme chez l’adulte.

Nous ne rappellerons jamais assez que l’enfant apprend en cherchant par lui-même, comme le dit le proverbe  « c’est en forgeant que l’on devient forgeron ». L’enfant apprend par essais-erreurs. Autrement dit, c’est en faisant des erreurs, c’est en se trompant qu’il apprend. Il ne fait pas exprès de se tromper. Une erreur, un échec ne devrait pas être considéré comme une faute. L’enfant essaie, il ne réussit pas, il recommence, il essaie autrement. Il ne viendrait à l’idée de personne de faire des reproches à un bébé qui tâtonne avant de réussir à attraper un hochet, avant de réussir à marcher. Alors pourquoi lui faire des reproches dans ses autres tâtonnements ? Lorsqu’il tombe ou lorsqu’il fait tomber un objet, lorsqu’il a besoin de bouger et ne peut rester immobile, lorsqu’il ne peut pas encore maîtriser ses gestes, lorsqu’il déborde émotionnellement, lorsqu’il ne sait pas encore faire ce qui est attendu de lui. 

C’est comme si nous lui en voulions, comme si nous le culpabilisions d’être un enfant en train de grandir.
Laisser chaque enfant tâtonner et expérimenter ses propres capacités, lui permettre d’être acteur, c’est lui permettre de voir l’effet de ses actions, de sentir et d’apprendre qu’il est auteur de ses mouvements, de ses gestes et actions. Il se sent sujet de ce qu’il fait et non pas coupable de ne pas savoir faire.
Etre coupable signifie agir avec l’intention, avec la conscience de faire mal, de faire du mal, d’embêter.  Pour l’enfant comme pour l’adulte, se culpabiliser, c’est se croire en faute, comme si nous avions « fait exprès ».

Or, la culpabilité, la peur de se tromper, de ne pas réussir, d’être jugé, empêche bien souvent l’enfant comme l’adulte d’avancer, de prendre des initiatives, de réessayer, et donc de réussir. Pourtant essayer, réessayer, c’est prendre conscience de ses possibilités, c’est apprendre à faire autrement, c’est développer ses capacités. Chacun de nous est capable de faire autrement, de modifier ses propres modes de pensée pour lui-même, de se parler à soi-même différemment. Chacun peut alors faire l’expérience de gagner en confiance et sérénité. Chacun peut en comprendre le sens et l’intérêt. Chacun peut essayer de moins reproduire avec les enfants ces façons culpabilisantes de réagir et de leur parler. Essayer et réessayer, sans se culpabiliser bien sûr de ne pas toujours réussir !
Article rédigé par : Monique Busquet
Publié le 01 novembre 2018
Mis à jour le 09 novembre 2018