Comment leur dire ? Par Monique Busquet

Psychomotricienne

parent enfant professionnelle
L’année avance. Vous connaissez bien les enfants que vous accueillez. Et parfois vous vous inquiétez pour l’un de ces enfants : il ne joue pas tout à fait comme les autres enfants, il ne bouge pas, il paraît en retard dans son développement, il ne s’intéresse pas à ce que vous lui dites ou montrez, il ne parle pas… Alors vous vous demandez que faire. Tout d’abord, bien sûr, en parler avec des professionnels de la PMI ou en équipe.

Et au quotidien, que dire aux parents de cet enfant ? Parfois par peur de se tromper et d’inquiéter pour rien les parents, vous n’osez rien dire. D’autre fois, il vous semble que les parents ne veulent pas entendre, comme s’ils fermaient les yeux ; ils évitent les temps d’échanges, ils n’ont jamais le temps et vous n’osez plus rien dire. D’autre fois encore, ils montrent leur mécontentement, ils vous critiquent, vous font des reproches et vous n’osez, non plus, rien dire. Ou bien, vous leur dites tous les jours que leur enfant tape, ou pleure, ou crie, ou ne joue pas, ne fait rien… et rien ne change. Peut-être même avez-vous l’impression que cela les fait rire !

Rappelez-vous qu’être parent, c’est être hypersensible à tout ce qui concerne son enfant. Dans le cœur et la tête de chaque parent se trouve de l’inquiétude pour le développement de son enfant, sa santé, son avenir. Se trouve aussi de la culpabilité : est-ce que je fais ce qu’il faut pour mon enfant ? Souvent les parents ne vous le diront pas, ne vous l’exprimeront pas. Tout au contraire ils se montreront peut- être plus exigeants, plus critiques. L’agressivité est la plupart du temps un signe d’inquiétude.

Il est néanmoins essentiel de transmettre aux parents ce qui se passe pour leur enfant, ce que celui-ci vous montre. Vous passez du temps avec leur enfant, vous connaissez le développement des enfants en général, vous êtes des professionnels. Cette transmission est essentielle pour l’enfant : il sent ainsi l’importance qu’il a.

La question n’est pas « dire ou ne pas dire » mais « comment dire ». Raconter précisément ce que fait leur enfant, comment il réagit, ses gestes, ses façons de jouer, ses façons de bouger, décrire de façon détaillée, des faits et non pas votre inquiétude. Pour cela il faut observer finement cet enfant. Par exemple, dire « il ne joue pas » ou « il joue beaucoup »  ne donne aucune réelle information. Dire chaque soir, il a tapé, il a pleuré, c’est comme d’habitude n’apporte rien non plus. Le parent perçoit alors que son enfant dérange ; il risque de se sentir lui-même jugé, attaqué. Que peut faire le parent : « défendre » son enfant, trouver une justification ou le gronder à la maison, ce qui n’aurait aucun sens ? C’est à partir de paroles bienveillantes et plus précises sur les réactions de son enfant que le parent peut se mobiliser :  qu’est-ce qui déclenche les pleurs, les cris ? Qu’est-ce qui les arrête ? A quel moment tape-t-il ? Que fait-il quand il ne fait rien : il regarde le plafond, il reste immobile... Comment essaie-t-il de bouger ? Que regarde-t-il ? Quels gestes fait-il, avec ou sans les jouets ? Quels mouvements ? A quoi réagit il ? Essayez de restituer des moments de vie, comme si vous preniez  des photos ou des vidéos.

Dîtes aussi ce que vous proposez à leur enfant, ce que vous essayez  avec lui car le parent ne peut pas le deviner. Il verra ainsi que vous portez une réelle attention à son enfant, il ne sentira alors pas jugé ou critiqué. Ensemble, vous pourrez dialoguer, échanger et accompagner cet enfant au mieux. Alors, et seulement si le parent vous questionne, vous pouvez éventuellement dire quelque chose comme « Cela m’étonne, je n’ai jamais vu d’autres enfants faire cela ». Si le parent vous demande si c’est inquiétant, ce n’est pas à vous de répondre. Ce n’est pas à vous non plus de dire si cela va être difficile plus tard, à l’école… Vous n’en savez rien, vous n’êtes pas formés pour cela. Personne ne peut prédire l’avenir. Vous pouvez leur proposer d’aller en parler avec médecins, psychologues, psychomotriciens… Vous savez que plus on prend tôt en compte les difficultés d’un enfant, mieux c’est. Mais il est indispensable de respecter le rythme des parents, ne pas leur faire peur, être avec eux.

En conclusion : observez finement, proposez, inventez, partagez, montrez l’attention bienveillante que vous portez à leur enfant, ne jugez pas. Et respectez les attitudes des parents, leurs réactions même lorsque vous ne comprenez pas ou que vous pensez que vous ne réagiriez pas ainsi, dans une situation équivalente.

Pour aller plus loin, suivre notre formation en ligne Les transmissions aux parents.
Publié le 31 mars 2017
Mis à jour le 09 décembre 2019