Comprendre n’est pas ne jamais dire non ! Par Monique Busquet

Psychomotricienne

Dialogue professionnelle et enfant
« Mais quand même, nous n’allons pas nous laisser faire par les enfants ? » C’est une remarque que me font souvent des professionnels rencontrés lors de formations. J’en profite pour les remercier ici de la confiance qu’ils me font, lorsqu’ils expriment ainsi leurs craintes.

Il est effectivement, et heureusement, de plus en plus connu et compris qu’il est essentiel d’accompagner les enfants avec bienveillance lorsqu’ils sont traversés par des émotions. Mais les professionnels peuvent alors poser des questions ou avoir des craintes légitimes : « Comment les enfants peuvent comprendre que « nous ne sommes pas d’accord avec ce qu’ils font, si nous leur faisons à ce moment-là des câlins » ? Ou « Nous ne pouvons quand même pas leur dire toujours oui, nous n’allons pas nous laisser faire » ?

Or comprendre quand un enfant est triste ou qu’il est en colère ne veut pas dire répondre oui à toutes ses demandes. L’enfant a besoin d’entendre et de savoir qu’il est interdit de faire mal, de pousser, de déranger les autres enfants. Pour intégrer ces limites, il lui est nécessaire de les entendre tout en étant accompagné et protégé. Il a aussi besoin de voir autour de lui comment ces règles sont respectées par les plus grands, enfants comme adultes. Mais il faudra malgré tout beaucoup de temps pour qu’il puisse maîtriser ses gestes et ses mouvements lorsqu’il est traversé d’émotions.

Alors oui, nous comprenons qu’une colère n’est pas un caprice, mais bel et bien une explosion d’émotions incontrôlable. Nous comprenons que devoir attendre son repas, devoir attendre pour utiliser le tricycle ou devoir partager peut être insupportable au jeune enfant. Cela ne signifie pas que nous allons laisser l’enfant en pousser un autre pour prendre le tricycle, ou que nous allons pouvoir lui éviter toute « frustration », tout « manque ». Toutes les raisons d’inconfort, de manque, de tension, d’émotions intenses ne peuvent être supprimées. Elles sont une réalité de la vie, de la vie avec les autres.  Mais nous ne les justifions pas non plus comme étant « éducatives en soi ».

Nous comprenons aussi que l’enfant a besoin de l’adulte, pour pouvoir se sentir en sécurité, pour s’apaiser. L’enfant ne peut se tranquilliser s’il sent l’adulte en colère contre lui ou si celui-ci coupe la communication. Lorsqu’il est submergé par ses émotions, par ses envies ou besoins insatisfaits, l’enfant doit au contraire pouvoir compter sur cet adulte solide et attentif. Il a besoin que celui-ci l’aide à respecter les interdits en l’accueillant et comprenant ce qu’il ressent. Les enfants pourront adapter, adopter des comportements de partage, de respect des autres, uniquement s’il voit les adultes se comporter ainsi.
L’enfant supportera les frustrations, les attentes, les insatisfactions inévitables, d’autant mieux qu’il se sent compris, qu’il perçoit la bienveillance de l’adulte.   

Oui, il peut être difficile de dire non à un enfant sans s’énerver, sans le gronder, sans couper la relation, mais cela est possible.
C’est surtout le meilleur moyen, respectueux et aidant.
Comprendre les émotions de l’enfant ne signifie pas dire oui à tout ou se laisser faire. Au contraire, plus l’enfant se sent accepté tel qu’il est, plus il est sécurisé et plus il peut alors respecter l’autre, attendre et partager. Il pourra en grandissant trouver lui-même plus facilement les chemins de l’apaisement, du réconfort, parce que l’adulte a fait patiemment ce chemin avec lui.
Publié le 30 janvier 2019
Mis à jour le 30 janvier 2019