Les chroniques de Monique Busquet

Dans vos bras, il apprend la motricité. Par Monique Busquet

Psychomotricienne

Dans vos bras, le bébé apprend la morticité
Que voulons-nous pour les bébés et les enfants? Qu’est-ce que la société attend de ses enfants, les adultes de demain? Qu’ils soient sages, tranquilles, calmes, « bien élevés », polis, obéissants, silencieux ?  Ou (et) qu’ils soient aussi inventifs, débrouillards, dynamiques, créatifs?
Alors que proposons-nous à ces bébés que nous accueillons? Leur proposons-nous d’être « immobiles » dans des relax, transats,  et autres cosy ou bien « mobiles » dans nos bras et sur un tapis?

Prendre un bébé dans les bras, ce n’est pas lui donner de mauvaises habitudes mais c'est au contraire lui donner une base pour qu’il puisse être actif.
C’est le rassurer, le sécuriser. C’est lui assurer qu’il est un être important, qu’il a de la valeur ! C’est lui indiquer qu’il compte pour nous  et qu’il peut compter sur nous. C’est aussi lui donner des sensations dans son corps.

Dans les bras d’un adulte, le bébé est soutenu, il peut tourner la tête, la redresser,  bouger les bras, se lover et se blottir ou au contraire se redresser, regarder tout autour de lui. Il peut vous découvrir avec ses mains, ou s’accrocher. L’adulte attentionné s’ajuste aussi à ses mouvements, il perçoit si le bébé est à l’aise, détendu ou crispé. Ce sont d’infimes accordages qui permettent à chacun d’être confortable et de communiquer finement. Dans les bras, l’enfant reçoit donc des informations qui viennent nourrir son  sens du mouvement.* Elles lui permettent de découvrir son corps, d’expérimenter du mouvement.
Un bébé qui passe de nombreuses heures dans un cosy, aura surtout l’expérience de l’immobilité, de la passivité. Il regardera autour de lui, pourra jouer avec ses mains mais il risque d’être moins tonique. Il aura  peu l’occasion de redresser sa tête, de se servir de ses bras pour s’appuyer, de bouger son bassin. Il sera ensuite moins à l’aise sur un tapis, ayant imprimé dans son corps surtout une sensation d’immobilité dans une enveloppe rigide. Il aura moins envie d’aller chercher le mouvement. Il pourra même avoir peur de ces sensations inconnues.

Un bébé qui aura été suffisamment porté, sera d’autant plus actif, installé sur un tapis, à plat dos. Dans la sécurité et le plaisir, il continuera à explorer ses possibilités de mouvement, il cherchera comment bouger, de plus en plus, de mieux en mieux selon sa maturation neurologique et ses expériences. Il découvrira le plaisir de jouer avec son corps, d’abord en votre présence sur le tapis. Si vous êtes assis à côté de lui, à sa hauteur, il investit ce lieu, cette position comme source de confort, de plaisir. Vous pourrez alors vous éloigner de lui, pour de courts moments d’abord, sans qu’il s’inquiète.
Sur le tapis, il regardera sur les côtés, il cherchera à attraper des jouets, à remuer ses jambes, il se tournera et progressivement, commencera à se déplacer en rampant et pourra explorer l’espace, à son rythme, avec prudence et en toute sécurité.
Le mouvement, ce n’est pas de l’agitation, c’est la vie.

* l’équilibration dans l’oreille interne et la « proprioception » dans les différentes parties de son corps.

 
Article rédigé par : Monique Busquet
Modifié le 13 mai 2017