Emotions vs relation ? Par Monique Busquet

Psychomotricienne

Emoticônes émotions

L’intérêt des professionnels autour des émotions des enfants est grandissant. Il est fondamental de comprendre les émotions et les ressentis des enfants, de pouvoir les  accueillir, les prendre en compte et les reconnaître et ainsi accompagner  les enfants dans leurs mouvements psychiques émotionnels. Plus nous sommes dans cette écoute, plus alors nous pouvons les respecter  dans ce qu’ils ressentent et manifestent. Plus nous comprenons que les enfants ne sont pas responsables de leurs émotions, qu’ils ne peuvent les contrôler, que les pleurs, les colères ne sont pas des caprices, plus nous saurons  accompagner les enfants dans une Bien-Traitance.
Ceci est une belle et fondamentale avancée  dans l’accompagnement des enfants.
Restons néanmoins vigilants  à ne pas déformer cette approche. Il ne suffit pas d’utiliser des images, voire des émoticônes représentant des émotions (comme certaines applications actuelles sur téléphone). Cocher des croix sur l’émotion du jour ne peut être en soi un accompagnement de qualité du jeune enfant.  Tout outil peut être facilitateur, support d’échanges mais doit laisser la priorité à l’humain, à la relation, à la créativité et au partage.

Dans ce sens je vous propose de lire ou relire ces phrases de Françoise Dolto (extraites de « Tout est Langage »). Elle nous y indique que face à la demande d’un enfant, l’important n’est pas le  oui, le non ou encore  la façon dont le non est dit. C’est le temps d’échange avec l’enfant, sur ses envies et ses ressentis, qui compte et lui apporte réconfort en participant à la construction de son identité.
« En éducation, nous devrions veiller à satisfaire de notre mieux les besoins de l’enfant, mais à ne satisfaire qu’un minimum de leurs désirs : ne pas donner tout de suite mais ouvrir le désir vers un horizon, vers un circuit long, vers le travail à accomplir sur soi, qui amènera l’enfant à se satisfaire dans la direction qui est la sienne ». En lui accordant immédiatement ce qu’il réclame, c’est comme si nous lui disions « Satisfais-toi, par toi tout seul, tout de suite. Et tais-toi n’en parlons plus. ».......  L’éducation doit veiller à soutenir le désir vers le nouveau, en le parlant, en parlant l’impossible de la satisfaction »....Ne donnez pas le bonbon, dessinez-le!
Laissons l’enfant parler de ses désirs, Justifions-les, même si nous les nions au nom de la réalité. En entrant en communication avec lui à propos de ce qu’il désire, on lui ouvre le monde : un monde de représentation, de langage, de vocabulaire et de promesses de plaisirs. Une fois qu’il a son bonbon (...) l’enfant ne parle pas, n’observe rien, L’enfant n’a pas besoin de bonbons. Il en demande un pour qu’on s’occupe de lui, qu’on lui parle.(...) Si on lui dit : « Comment serait ce bonbon ? Rouge ?» on se met à parler du goût du bonbon rouge, du goût du bonbon vert ; on dessinera même un bonbon, et l’enfant aura complètement oublié qu’il voulait en manger un. Mais quelle’ bonne conversation autour des bonbons ! (...)
 Devant les vitrines de jouets, par exemple, un enfant s’écrira «Ah ! je voudrais ce camion !» Beaucoup de mères (ou de pères) entraîneront alors l’enfant rapidement loin de la vitrine en disant : « On ne peut pas l’acheter ». Ils ne veulent pas qu’il soit tenté, alors que c’est cela vivre, mettre des mots sur ce qui nous tente : « Ce camion-là, tu trouves qu’il est bien? – Ah oui! Qu’est-ce qu’il a de bien? – Il a des roues rouges. – Est-ce qu’avec des roues rouges, il marche bien ? Un camion, il faut que cela roule. Entrons dans le magasin, tu vas le toucher, le regarder, mais aujourd’hui, je n’ai pas l’argent pour le payer. – Si, si, si ! – Je ne l’ai pas, c’est comme ça !
» Quand l’enfant voit que la mère est décidée, il s’arrête. Il a été satisfait de communier avec elle dans le désir du camion. »...

Gardons  donc  en tête que c’est la qualité de la relation, les vrais temps de partage, d’échange, de communication, de compréhension, d’empathie qui sont  essentiels à l’enfant.

Article rédigé par : Monique Busquet
Publié le 29 mai 2018
Mis à jour le 31 mai 2018