Et si nous laissions les parents tranquilles ! par Monique Busquet

parent et pros de la petite enfance
Faîtes pas ci, faîtes pas ça ! Combien de paroles et injonctions sont ainsi adressées aux parents ? Des injonctions qui sont bien souvent source de culpabilité et d’angoisses, parfois impossible à respecter et paradoxales !   
Ainsi telle maman me raconte « On m’a dit qu’il est interdit d’asseoir l’enfant, je le fais un peu  est-ce que c’est grave ? Telle autre  « Je viens de crier sur mon enfant, j’espère que je ne  lui ai pas abimé le cerveau ?  Ou encore  « On m’a dit de le poser à  plat ventre, mais il pleure et je vois bien qu’il n’est pas confortable, est-ce que cela est vraiment utile ?  « Je ne lis partout pas d’écran avant trois ans, mais comment faire, vu l’omniprésence actuelle dans notre vie ?  Et tant d’autres exemples.
Ces messages ont un objectif de prévention, mais en se montrant directifs et univoques, ils comportent un réel risque de trop de simplification des enjeux si complexes du développement des jeunes enfants. Ils deviennent réducteurs, contresens et contreproductifs. Toute bonne chose peut se transformer en son contraire….

Il me semble que ces injonctions fréquemment dites par les professionnels de la petite enfance sont aussi une contrepartie de leur investissement auprès des enfants.  En effet ils mettent tant d’énergie à faire au mieux avec ces enfants ! Ils ont tant appris sur leurs besoins ! Ils ont un tel désir que ceux-ci se développent au mieux ! Alors bien souvent, leur souhait « du meilleur pour les enfants »  est grand, et devient une attente que les parents fassent comme « les professionnels pensent bon pour leurs enfants !  »  

Leur identification aux jeunes enfants, leurs émotions et sensibilités à ce que ceux-ci vivent, peuvent se transformer en incompréhension, en agacement plus ou moins fort, voire en critique, à l’égard des parents. Mais quand les professionnels se mettent à penser quelque chose comme « les parents seraient une gêne pour leur enfant », quand ils se voudraient « sauveurs » de cet enfant, quand ils pensent par exemple que « le parent défait le week-end le travail qu’ils font la semaine », personne n’est gagnant, l’enfant encore moins !
Il est vrai que nos structures petite enfance ont une longue histoire d’assistance aux parents : « compenser les « fragilités » parentales, faire mieux qu’eux. Pourtant le soutien à la parentalité, qui fait partie de nos missions, nécessite un accompagnement tout autre.      
Etre suffisamment bon parent n’est pas « appliquer des consignes, des façons de faire, avoir de bonnes pratiques ». Il s’agit d’abord d’une disponibilité psychique, d’une suffisante capacité à réguler ses propres émotions et celles de son enfant, d’une communication tonic émotionnelle. Tout cela se joue à un niveau bien plus profond que le mental.

Les parents ont surtout besoin d’un soutien respectueux de leurs cheminements, d’une écoute, une compréhension, un accueil de leurs émotions, doutes et questionnements, un accueil de ce qu’ils sont, de ce qu’ils font, des espaces pour s’exprimer et échanger.  C’est de tels appuis qui leur permettent de se construire parents, de s’ajuster à chacun de leur enfant, de développer leur confiance en eux, en leurs ressentis, en leurs choix, de s’interroger avec suffisamment de sérénité.
L’enjeu pour les professionnels de l’accueil est donc à la fois de mettre leur énergie autant que possible dans la qualité d’attention et de soin des enfants, tout en ayant l’ouverture d’esprit et l’empathie nécessaires pour accueillir les différences de chaque parent, leurs contraintes, leurs façons de faire, même lorsque celles-ci sont difficiles à comprendre.

C’est le challenge de la coéducation, d’une attention conjointe à cet enfant et d’un partage de nos connaissances, qui ne se transforment pas en attentes, conseils et directives autoritaires…  en «  faites pas ci, faites pas ça « !
 
Article rédigé par : Monique Busquet
Publié le 02 mars 2022
Mis à jour le 02 mars 2022