Faire face à la crise : un choix d’être créatif pour un accueil de qualité. Par Monique Busquet

Psychomotricienne, formatrice petite enfance

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bébé et adulte
L’ensemble des professionnels traverse la crise actuelle, avec courage et conscience professionnelle, dans des conditions de pratiques très hétérogènes et dans un mélange d’épuisement et de dynamisme.
Ils sont nombreux (sur le terrain et en poste d’encadrement) à développer une attitude constructive, dans une recherche continue de qualité d’accueil et de relationnel avec les enfants et leurs parents, Ils choisissent de regarder de regarder les difficultés et les risques, de les prendre en compte sans s’y noyer, ni les nier.  Ils regardent également les possibles, ils trouvent l’énergie de développer inventivité et créativité pour rebondir malgré les difficultés.  

Ils choisissent de ne pas rester dans les modes de réactions plus spontanées : alarme ou banalisation.  En effet, nous avons une forte tendance à regarder ce qui ne va pas, à regarder le verre à moitié vide. Ce serait un reste de notre évolution génétique : toute notre énergie est utilisée pour éviter les dangers et sonner l’alarme ! Nos modes éducatifs et les scolarités occidentales nous ont également fortement enseigné à souligner en priorité ce qui ne va pas. Les manquements, les erreurs (considérées comme des fautes), les dysfonctionnements sont le plus souvent mis en avant.  Cela amène à anticiper de façon souvent anxieuse les dangers et les risques, à affirmer et pronostiquer des difficultés à venir, à jouer les Cassandre.  Le stress se nourrit de cette propension si répandue à critiquer, à se plaindre, à répéter ce qui ne va pas, souvent en boucle, au risque de tourner en rond et entretenir désespoir et/ou colère.
A contrario, nous avons parfois tendance à banaliser, minimiser, voire nier les difficultés et les risques. C’est une façon, plus ou moins consciente, de se protéger des angoisses, de « mettre ainsi un couvercle », de dire « tout va bien, pas de souci ».
La crise peut nous faire vivre et alterner entre ces deux modes de réaction, au risque de créer des tensions au sein des équipes.

C’est donc un réel choix de ne pas seulement regarder le verre, sa partie vide ou sa partie pleine, mais de chercher comment remplir un peu plus le verre !  Choisir de remplacer les questionnements « Est-ce ou non possible ? », par « Comment est-ce possible ?  « Est-ce grave ou non ? par « Comment faire pour que cela aille bien ? »

Néanmoins, développer et entretenir cette posture « créative et positive », nécessite un certain nombre de conditions que j’ai envie de souligner ici.

En voici quelques-unes :
- Pouvoir exprimer ses difficultés, ses craintes, être écouté et entendu
- Être reconnu dans les difficultés rencontrées et dans les efforts réalisés
- Avoir du temps et des espaces pour réfléchir et prendre du recul
- S’appuyer sur des connaissances, sur les fondamentaux et les valeurs qui font la qualité d’accueil Regarder ce qui dans le passé a permis les avancées, les évolutions, les progrès
- Interroger le sens de chaque pratique, le « pour quoi »
- Se sentir en sécurité, autorisé à expérimenter, essayer, tester, se tromper, à sortir des cadres et des habitudes.
- S’appuyer sur les expérimentations des uns et des autres et s’en enrichir
- Développer une observation toujours plus fine des enfants et garder cette curiosité d’apprendre de ce qu’ils nous montrent.

En cette fin d’année, c’est peut- être l’occasion de faire le point sur ce qui a été vécu et parcouru.
Où en êtes-vous ? Individuellement et en équipe ?  Quels moyens et quel temps avez-vous trouvé pour parler et communiquer, pour penser ensemble, pour apprendre, pour observer et agir ?  Comment avez-vous pu entretenir les dynamiques créatives ? Quelles marges de manœuvre, quels espaces avez-vous pu inventer dans cette recherche de qualité ? Quels soutiens avez-vous trouvé ? Avez-vous donné ? Comment vous êtes-vous mutuellement soutenu, quel accueil des différences entre collègues, pour que chacun puisse avoir l’énergie de créer des possibles, et puisse faire de son mieux en composant avec différentes réalités ?

J’ai pour ma part encore envie de parler de cette vigilance nécessaire, de l’importance d’observer toujours plus finement les enfants, tout en s’émerveillant de leurs capacités. Regarder ensemble avec lucidité les conditions de la qualité. Faire en sorte que tout aille au mieux pour les enfants dans ce qu’ils vivent aujourd’hui et construisent pour demain.
Et au risque de me répéter :  ne pas juste s’habituer….


 
Article rédigé par : Monique Busquet
Publié le 30 novembre 2021
Mis à jour le 30 novembre 2021