Les chroniques de Monique Busquet

Jouer seul en présence. Par Monique Busquet

Psychomotricienne

bébé qui joue sur le dos
Vous allez peut-être accueillir un ou des nouveaux bébés. Et comme pour tout nouvel accueil, vous avez sans doute quelques appréhensions et questionnements.
Comment sera cet enfant (et ses parents) ? Pleurera-t-il beaucoup, dormira-t-il facilement, saura-t-il jouer seul, sera-t-il collé à vous? Sera-t-il calme, souriant, vous rendra-t-il la vie facile ou difficile ?
Pour que cet accueil se déroule bien, autant pour l’enfant, pour ses parents que pour vous, l’essentiel est certainement que cet enfant puisse se sentir en confiance avec vous, qu’il perçoive qu’il peut compter sur vous. Vous êtes là, « à son service », pour le rassurer, répondre à l’ensemble de ses besoins, le nourrir lorsqu’il a faim, le porter et le consoler lorsqu’il en a besoin, l’accompagner peut-être à s’endormir lorsqu’il est fatigué. Il a besoin de sentir que vous vous souciez de lui, de son confort et bien-être, que vous portez attention aux détails de ce que vous lui donnez à vivre en l’absence de ses parents.

Oui, plus nous prenons le temps de rassurer un enfant, plus nous lui consacrons notre énergie, plus cet enfant a des chances de se sentir bien. Plus nous lui donnons du bon, plus il pourra passer de bonnes journées et jouer tranquillement. Il est donc important de le réconforter et le porter autant qu’il a besoin, autant que cela est possible.
Bien sur, cela ne veut pas dire le garder contre nous pour notre propre plaisir, ou lui faire des câlins parce qu’il est mignon et que cela nous fait du bien.
C’est aussi lui proposer des temps de jeu au sol, sur un tapis (et non dans un relax bien sûr !). Ces temps de découverte de son corps et de sa motricité doivent être accompagnés.
Winnicott, pédiatre anglais qui a tant apporté à la connaissance des jeunes enfants, a mis en évidence une étape très importante de leur développement, de la construction de leur personnalité. Il s’agit d’apprendre à jouer seul en présence de l’autre.
Effectivement l’enfant alterne des moments où il est dans les bras, où il se remplit de réconfort et d’autres moments où il va pouvoir jouer lui-même au tapis. Pour cela, il a besoin de votre présence au tapis, dans une vraie proximité d’abord puis plus à distance selon les moments.

Nous avons souvent tendance à l’oublier et après avoir fait un câlin, il est fréquent de poser le bébé sur le tapis et de s’éloigner faire autre chose. Le risque est alors que le bébé associe la mise au tapis avec le fait d’être éloigné de vous.
Pendant un temps de change, l’enfant est à plat dos et il y est souvent content, détendu, rassuré, sans doute parce qu’il bénéficie de la disponibilité et de l’attention de l’adulte et parce qu’il est certain que celui-ci ne s’en va pas. Le même bébé parfois pleure dès qu’il sent que l’on s’apprête à le poser sur le tapis. Ce n’est pas la position plat dos qu’il n’aime pas, mais l’éloignement de l’adulte.
Il est essentiel qu’il bénéficie de notre présence pour pouvoir découvrir le plaisir de jouer seul, lui-même, avec son corps et les jeux qui l’entourent, qu’il découvre le plaisir de bouger.
Alors n’oublions pas cette étape indispensable avant de pouvoir jouer seul, l’enfant  a besoin de jouer, nous complètement disponible sur le tapis aussi ; il a besoin d’être en relation.

Comme tout « apprentissage », l’humain apprend par soi-même, mais avec quelqu’un de disponible sur lequel il peut s’appuyer. Le jeune enfant va apprendre à faire seul grâce à la présence de l’adulte et à son lien d’attachement avec lui.
Modifié le 28 août 2017