Les chroniques de Monique Busquet

La tétine : quel usage ? Par Monique Busquet

Psychomotricienne

Bébé avec tétine
L’utilisation de la tétine soulève de nombreux débats et questionnements. En particulier, les parents se demandent fréquemment comment mettre fin à cette habitude chez leur enfant, quand il grandit.
Mais comment cette habitude se met elle en place ?
Le  bébé a un réel besoin de succion. Dès la naissance, il va téter pour se nourrir et apaiser ainsi sa faim. Son besoin de succion dépasse alors le seul besoin de se nourrir. Téter est aussi un plaisir, un moyen de s’apaiser, se réconforter, se calmer, s’endormir. Le bébé va donc chercher à téter : il peut trouver son pouce, ses doigts si on lui en laisse le temps et la possibilité.  Il peut ainsi se réconforter lui-même.
La tétine lui sera proposée, le plus souvent dès la maternité. Elle est efficace, elle répond à un réel besoin de succion.  Tout parent attentionné, comme tout professionnel va donc logiquement la proposer au bébé lorsque celui-ci pleure. L’enfant peut avoir de nombreuses raisons de pleurer: il a faim, il est fatigué, il est triste, il est inquiet, il se sent seul, il est inconfortable, il est en colère…
La tétine va alors le plus souvent l’aider à se calmer, elle a un effet magique.
C’est angoissant d’entendre un bébé pleurer, c’est rassurant de trouve une réponse, une solution à ses pleurs.
Mais ce n’est pas parce qu’il arrête de pleurer grâce à la tétine, que ce qu’il demande ou ce dont il a besoin. La tétine est une réponse, mais peut-être pas la seule ou la meilleure.
Il y a bien d‘autres réponses aux pleurs de l’enfant : le porter, le prendre dans les bras, le rassurer, lui parler, chanter, lui proposer une installation, un hochet adaptés…  Nous n’en avons pas toujours le temps, la disponibilité ou même l’envie. Un bébé, cela demande beaucoup!
La tétine  est bien souvent une réponse de remplacement à la disponibilité de l’adulte.
Et progressivement c’est parfois  l’adulte qui prend l’habitude de lui donner, parfois même« machinalement ».
C’est alors l’adulte qui donne à l’enfant l’habitude d’avoir sa tétine dans la bouche.
Parfois la tétine est aussi donnée à l’enfant afin qu’il ne mette pas ses doigts ou des jouets à la bouche.
Que comprend l’enfant quand nous lui donnons sa tétine ? Quels messages lui transmettons-nous ?  Que se passe-t-il  pour lui ?
Sa tétine dans la bouche, l’enfant se centre alors sur ses sensations; il s’en remplit. Parfois cette sensation elle-même lui suffit et ne l’incite pas à  chercher d’autres sensations. La tétine apporte à l’enfant de l’apaisement et du plaisir, mais cela peut l’inciter à la passivité.
Or, la bouche est zone de plaisir, mais aussi moyen de découverte de son environnement. Porter ses mains et les jouets à la bouche est essentiel pour son développement. Etre curieux est important pour un bébé, c’est à partir de là qu’il aura envie d’explorer, d’apprendre, de grandir.
En jouant avec sa bouche, l’enfant va aussi découvrir qu’il peut faire des sons, s’amuser avec  et surtout communiquer avec son entourage. C’est à partir de ces échanges vocaux et dans la relation à l’adulte que le langage se développera.
Quand l’enfant se satisfait trop de sa tétine dans la bouche, il risque aussi d’intégrer que se remplir la bouche vient combler le sentiment de solitude, de tristesse  et toutes émotions désagréables.
Plus souvent nous lui mettons la tétine dans la bouche, à défaut d’une autre réponse et de notre disponibilité, plus l’enfant risque de vouloir la garder longtemps en grandissant. Au fond il reproduit ce que nous lui avons proposé…
Bien sûr, quand l’enfant va grandir, il est essentiel que sa tétine reste à sa disposition. On constate d’ailleurs qu’un enfant s’y accroche moins, la pose plus facilement s’il est sûr de pouvoir la retrouver quand il le souhaite. La tétine lui appartient, il doit pouvoir en disposer et non dépendre du bon vouloir de l’adulte.
Réfléchissons donc à ce que nous adultes proposons aux bébés et à l’usage que nous faisons de «leur» tétine !

 
Article rédigé par : Monique Busquet
Modifié le 09 décembre 2016