L’après-confinement : le risque du trop d’hygiène . Par Monique Busquet

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Cela fait plusieurs semaines que nous et nos enfants sommes confinés. Et nous entrevoyons une sortie, un après.
Actuellement, une minorité des enfants est encore accueillie, avec toutes les inquiétudes qu’entourent ces accueils, ces peurs pour la santé des professionnels, des enfants et des familles. Mais la majorité des enfants sont chez eux, dans des environnements et des ambiances si inhabituelles. Certains sont sans doute dans la cacophonie et la promiscuité. D’autres dans des atmosphères plus silencieuses, et en manque de « jeux et bruits d’enfants », en manque d’interaction avec d’autres.

Alors il nous fait réfléchir à cet après-confinement ? C’est comme une sortie d’un tunnel. Il va nous falloir tenter de comprendre ce que les enfants auront vécu pendant ces longues semaines.

Durant le confinement, qu’auront-ils compris ? Qu’auront-ils intégré ? Qu’est-ce qui leur aura le plus manqué ? Qu’est ce qui leur sera le plus difficile à retrouver ?
Il va nous falloir inventer du progressif pour les préparer à la fois aux retrouvailles avec leur lieu d’accueil, à la reprise d’une vie avec les autres mais aussi à la séparation d’avec leurs parents, dont pour la plupart ils ont été si proches, en tête à tête ?  
Trouver de la continuité ! Travailler à une reconnexion entre ces 2 mondes aux ambiances, aux sons, aux odeurs, si différents. Les liens vidéo et audio, que les professionnels ont déjà pu mettre en place, seront certainement d’une grande aide pour les enfants qui peuvent en bénéficier.

Il va nous falloir surtout les accompagner dans la reprise de contact et de toucher. Qu’allons-nous les laisser toucher ? Comment allons-nous nous laisser être touchés, les toucher ? Comment allons- nous faire entre ce que nous savons des besoins des enfants, les incertitudes actuelles et les préconisations des gestes barrières ? Comment allons-nous dépasser ces craintes, ces prudences légitimes, pour laisser la vie reprendre ? Allons-nous ensemble nous rappeler que les enfants ne peuvent grandir en sécurité sans la proximité, sans la spontanéité du contact, sans le toucher ?

L’importance du toucher avait enfin été reconnue. Les connaissances de ses effets sur la santé et le développement étaient enfin généralisés (depuis le magnifique livre « La peau et le toucher, un premier langage » de A. Montagu, paru en 1979). Les professionnels ont tant travaillé, pour sortir du tout hygiène, pour sortir les enfants des lits, pour favoriser leur portage, leur liberté de mouvement, pour construire leur sécurité affective, leur sécurité de base. Les peurs autour de ce virus, risquent tant de nous faire revenir en arrière.

J’ai en tête les images des anciennes crèches. A l’arrivée, prise de température, déshabillage, sas et bain, par peur des microbes venus de leur domiciles. Pendant la journée, pas de contact, chaque enfant dans son lit. Le risque de ce retour en arrière, est bien grand. Pourtant nous savons également les risques de ces privations pour la santé physique et psychique des enfants, pour leur développement, pour leurs défenses immunitaires.
Nous ne pouvons, ne devons laisser grandir nos enfants en les privant de proximité, de contact, de rencontres, les laisser se construire en intériorisant que la proximité et le toucher sont des dangers.

Alors je crois qu’il va nous falloir être vigilant, pour que cet après-confinement ne s’accompagne pas d’encore plus de stress pour les enfants, adultes de demain !
 
Publié le 21 avril 2020
Mis à jour le 21 avril 2020