Les chroniques de Monique Busquet

L’enfant derrière le handicap. Par Monique Busquet

Psychomotricienne

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petite fille dans fauteuil roulant
Vous avez peut-être regardé et admiré, pendant les jeux paralympiques, ces hommes et ces femmes descendre les pistes de ski  alors qu’ils sont non-voyants, en fauteuil, ou encore ont une seule jambe, un seul bras. Vous avez peut-être eu l’occasion de voir cet homme, Stephen Hawking (décédé récemment) : comment imaginer en  voyant son corps déformé par une maladie, qu’il était un des plus grands physiciens ? Vous avez peut-être en tête des chanteurs, des acteurs aujourd’hui célèbres dont on oublie les handicaps dont ils sont atteints, dont on dépasse l’apparence, parce que nous les écoutons, nous les regardons pour ce qu’ils sont et font.
Ils ont tous de mêmes désirs, de mêmes émotions, de mêmes rêves, une même humanité. Leur talent, leur force, leur détermination leur ont permis d’ouvrir des chemins pour eux-mêmes et pour les autres. Comment sont-ils arrivés là, grâce à quel entourage, à quelles rencontres sur leur route ?

Alexandre Jollien, grand philosophe atteint d’infirmité motrice, témoigne : « C’est une force qui nécessite un combat quotidien. Elle doit être entretenue comme une flamme qui est à la merci du moindre souffle. Elle vient de l’autre : on se construit avec autrui - parfois contre mais plus souvent avec -, on est fondé par l’autre... A la base, pour moi, il y a eu cette confiance aveugle de mes parents qui ont reçu un enfant handicapé et ont voulu en faire un être vivant. Ils ont fait confiance à la vie, ils m’ont donné confiance en moi. »

Le handicap fait peur, ou plus exactement, je devrais dire le déficit. En effet la loi nous amène à changer de perspective lorsque nous parlons du handicap. Le handicap résulte de la rencontre entre le déficit d’une personne (comme ne pas voir, ne pas pouvoir marcher) et l’environnement plus ou moins adapté aux possibilités de cette personne. Ainsi une personne « en fauteuil roulant » est moins handicapée dans un environnement qui est accessible à un fauteuil. Ou bien une personne de petite taille est moins handicapée si les boutons d’appel (lumière, ascenseur..) sont à sa hauteur. Nous faisons tous partie de cet environnement qui amplifie ou non les situations de handicap des adultes comme des enfants. Alors que pouvons-nous faire pour que chaque enfant en situation de handicap puisse se construire comme tout enfant, pour qu’il puisse rêver, inventer, skier, danser, chanter, faire des projets !

Tout enfant a besoin d’être accueilli, soutenu, encouragé, regardé positivement. Les enfants  ayant des difficultés de développement en ont encore plus besoin. Nous pouvons tous participer à les soutenir dans leur chemin, si souvent semé d’obstacles. La pitié, la tristesse, la peur de mal faire, de ne pas savoir faire, peuvent amener à fuir, à ne pas oser entrer en relation avec ces enfants, ni même les regarder. Ces peurs sont des barrières. Elles  peuvent venir « surhandicaper » ces enfants, rendre plus difficile encore leur chemin et celui de leur parent.

Nous pouvons choisir de regarder ces enfants comme les enfants qu’ils sont, de regarder leurs possibles. Nous pouvons dépasser les apparences, dépasser les incapacités, les différences  et trouver avec eux émerveillement et plaisir.
Ainsi nousleur permettrons de vivre leur vie d’enfant et de se construire au milieu des autres. Accueillir un enfant en situation de handicap peut sembler être du travail supplémentaire. Cela demande surtout d’observer ce que cet enfant fait, comment il agit, à quoi il réagit, ce qu’il aime et de réfléchir à plusieurs à ce qu’on lui propose, d’inventer avec lui et ses parents.

Chaque enfant en situation de handicap peut devenir un champion de demain, et surtout le champion de sa vie, grâce au soutien de chaque professionnel qu’il rencontre sur sa route, grâce aux regards que nous posons sur lui.
Publié le 30 mars 2018
Mis à jour le 03 avril 2018

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