«  Ne le savent-ils pas ? » Par Monique Busquet

Psychomotricienne

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enfants jouent à la crèche
Aujourd’hui l’ensemble des chercheurs et spécialistes de l’enfance font part, de plus en plus largement, des recherches et connaissances scientifiques qui confirment cette mise en mémoire émotionnelle et psychocorporelle. Les neurosciences ont permis de faire des liens entre des connaissances médicales, psychologiques et les observations cliniques. Ce que vit le bébé et le jeune enfant modifie la construction de son cerveau, a des effets sur son développement, en particulier sur sa capacité à avoir des comportements adaptés à la vie en société. Le stress précoce laisse des traces. La bien-traitance laisse aussi des traces. La qualité des réponses apportées à l’ensemble des besoins de l’enfant, tout au long de son développement influe sur l’adulte qu’il devient.

Alors pourquoi ces connaissances ne sont-elles pas plus largement répandues dans l’ensemble de la société ? Ou plutôt comment faire pour que nos décideurs, nos élus, nos législateurs les prennent en compte ? Comment faire pour que des économies d’argent ne se fassent pas au détriment des tout-petits ? Les hommes politiques sont aussi parents ou grands-parents. Ils sont aussi concernés à la fois par les tout-petits et par la société de demain.

Nous savons que les enfants font preuve d’empathie dès leur plus jeune âge. De nombreuses recherches ont mis en évidence leurs comportements d’aide et de sollicitude dès l’âge de 14-15 mois. Nous pouvons également le constater en observant les enfants dans nos lieux d’accueil. Les enfants sont, de façon spontanée, enclins à aider autrui, enfant comme adulte, qui en a besoin. Cette empathie, cet altruisme, cette attention à l’autre sont le socle d’une vie en société respectueuse les uns des autres. Nous savons aussi qu’un enfant imitera et reproduira ce qu’il voit et ce qu’il vit. Il imite les comportements des plus grands. Ainsi en grandissant, l’enfant restera empathique et respectueux, s’il bénéficie lui-même d’un accueil empathique et respectueux, s’il bénéficie de réponses adaptées à l’ensemble de ses besoins.

Les professionnels de la petite enfance doivent donc pouvoir accueillir les jeunes enfants dans le respect, dans la bien-traitance, par leurs gestes, leurs paroles, leur disponibilité, leur écoute. Les professionnels accompagnent chaque jour les enfants à prendre soin d’eux-mêmes et des autres, à se construire, à se connaître, à s’exprimer, à entrer en relation de façon respectueuse et adaptée.
Il faut en avoir les moyens : nombre de professionnels suffisant, formation, espaces adaptés…

Chacun, selon la place qu’il occupe dans la société, devrait pouvoir faire sa part afin de mettre en oeuvre les conditions d’accueil nécessaires à nos jeunes enfants. Les professionnels de la petite enfance sont chaque jour impliqués et engagés auprès des enfants d’aujourd’hui, auprès des adultes de demain. L’ensemble des décideurs et financeurs devraient aussi se laisser toucher par les connaissances sur les tout-petits et s’impliquer également.

Nous attendons qu’ils s’investissent et investissent pour construire les conditions nécessaires à des accueils de qualité.
Article rédigé par : Monique Busquet
Publié le 31 mars 2019
Mis à jour le 03 avril 2019