Paolo, un enfant timide : lui tendre la main ! Par Monique Busquet

Psychomotricienne, formatrice petite enfance

petite fille timide
Aujourd’hui je vous parle de Paolo. Quand j’arrive ce matin au multi accueil, il est debout contre un mur, assez immobile, le visage impassible. Il regarde les autres enfants. Ceux-ci jouent, courent, grimpent sur les modules de motricité, installés comme souvent dans cet espace. C’est un enfant que je connais peu, alors j’échange avec la professionnelle présente.  Paolo a presque trois ans. Il a une petite sœur, dynamique et souriante, accueillie à la crèche. Sa maman est également souriante, à l’aise à la crèche et semble confiante. Ils viennent de façon assez irrégulière.
La professionnelle me confirme que Paolo est un enfant calme. Il ne pleure pas, il ne montre pas de tristesse, il ne dérange pas, il ne sollicite pas les adultes. « Il doit être timide, c’est son caractère », dit-elle !  L’équipe se questionne néanmoins un peu sur le langage, car il ne parle pas du tout.

Je suis pour ma part interpellée par l’ensemble. Est-ce réellement un choix de la part d’un enfant, de ne pas jouer, de regarder les autres enfants sans bouger, de ne pas solliciter les adultes. Certes il ne pleure pas, ne crie pas.  Mais que ressent-il ?  Qu’est ce qui l’empêche de s’exprimer, de se mettre en mouvement, de s’amuser ?

Je remarque également qu’il prend appui de tout son corps, soit contre le mur, soit allongé au sol, tout en regardant les enfants.   Ce besoin d’appuis, ce manque de tonus me questionne : y-a-t-il une raison physiologique ? Est-ce d’un autre ordre ?

Alors je choisis de m’approcher de lui, de venir lui parler, d’être avec lui. Puis je le sollicite physiquement, je lui tends la main pour l’inviter à venir grimper sur les modules. Je cherche à comprendre ce qui se joue pour lui : il n‘ose pas, n’a pas la force, ne sait pas faire… ?  Il répond à mon invitation, même si je me permets d’insister un peu (enfin doucement, bien sûr !). Je me questionne sur ma façon de faire, mais je continue. Je fais l’hypothèse qu’il a vraiment envie de jouer sur les modules, mais qu’il n’ose pas. Il me suit, il marche sur les modules, me tient la main. Il se laisse souvent tomber, au moindre déséquilibre. Je l’incite à chaque fois à se remettre debout. Progressivement, je le sens plus tonique. Il s’active lui-même, il prend de l’assurance…  Et du plaisir !

Alors oui je suis allée le chercher. C’est toute la complexité et subtilité de notre travail d’accompagnement des enfants : ni faire faire, ni laisser faire, mettre l’enfant en situation de faire. Ainsi il nous faut trouver les conditions pour que chaque enfant puisse être actif, acteur, sujet de son action.  Paolo avait besoin de mon engagement pour qu’il puisse agir par lui-même !
Je me suis également rappelée que j’avais déjà été interpellée par cet enfant, quelques semaines auparavant. J’avais repéré qu’il ne sollicitait pas les adultes, ne venait jamais chercher de câlins. Et je l’avais vu aller vers une professionnelle présente ce jour, après deux mois d’absence.  Alors j’échange avec elle. Elle me dit que oui, il vient de temps en temps vers elle, depuis qu’elle est revenue.  « Sans doute parce que deux mois plus tôt, c’est elle qui avait été un jour vers lui. » Cet enfant s’en rappelait, malgré la longue absence.

Alors oui certains enfants sont silencieux et calmes, se manifestent peu, n’osent pas demander. Ils n’osent pas prendre leur place.  Je crois profondément qu’ils ont réellement besoin de notre attention, de notre proximité. Que nous leur donnions à expérimenter qu’ils peuvent compter sur nous… et qu’ils comptent pour nous.

Depuis, il paraît que Paolo joue plus avec les autres et s’exprime plus. Est-ce que cette matinée partagée y est pour quelque chose ? Est-ce d’en avoir parlé avec les professionnelles ?  Qu’est-ce qui a bougé : lui, l’équipe….

 
Article rédigé par : Monique Busquet
Publié le 31 janvier 2022
Mis à jour le 04 février 2022