Passer le relais. Par Monique Busquet

Psychomotricienne

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petite fille et adulte
De nombreux professionnels savent l’importance de passer le relais lorsqu’ils sentent monter leur énervement face aux comportements d’un enfant. Ils ont compris que, lorsqu’ils se sentent débordés ou « à bout », c’est le moyen de protéger les enfants de leur propre colère et réactions. Cela permet à chacun de retrouver son calme.

Passer le relais, c’est aussi lorsque l’on travaille en équipe, savoir faire confiance à sa collègue, lui faire des transmissions suffisantes et justes au moment de partir, pour qu’il y ait continuité autour de cet enfant. C’est une des forces et richesses du travail en équipe.  Ne pas pouvoir le faire est une des difficultés de travailler seul à son domicile.

Passer le relais, c’est donc demander à une collègue qui est à ce moment-là plus disponible, plus calme, d’accueillir cet enfant et prendre soin de lui.

Pourtant malgré les bonnes intentions, il y a un risque que ce passage de relais soit vécu par l’enfant comme une coupure de relation, un lâchage, un rejet. La fatigue, le stress, le trop grand nombre d’enfants, le sentiment parfois d’être démuni peuvent amener des situations où l’enfant est « envoyé » de salle en salle, de personne en personne. L’enfant risque alors de se sentir plus rejeté qu’accueilli.

Le terme « passage de relais » vient de la course à pied. Dans un relais 2 coureurs se transmettent un morceau de bois Celui-ci est tenu pendant un instant par les 2 coureurs successifs. Le premier ne doit pas le lâcher trop tôt, sinon il tombe. Il ne doit pas non plus le retenir, sinon il y a tiraillement et le second coureur ne peut continuer.  Ce passage, cette transition demande précaution, délicatesse, ajustement, coordination.
De même entre professionnels, le passage de relais est d’autant plus bénéfique qu’il peut se faire ainsi avec soin et dans une continuité.  Concrètement par exemple l’adulte peut se déplacer et aller vers l’enfant pour prendre ce relais, quand c’est possible, plutôt que ce soit l’enfant qui « soit déplacé ».
L’enfant qui est le plus « pénible », le plus agité, celui qui explose, qui ne peut freiner ou retenir ses gestes, qui bouscule, qui pousse, qui agresse, est un enfant qui a un grand besoin de la protection et de la contenance donnée par les adultes. Il a besoin de repères, de continuité, de sécurité. Il a besoin de sentir notre soutien, notre solidité.  Il n’est qu’un tout petit en train de se construire. C’est sans doute celui pour lequel les lâchages, les ruptures, les discontinuités peuvent être le plus gênants.  Est-ce lui qui est énervant ? Ou est-ce l’adulte qui est énervé par les comportements de cet enfant, parce qu’il se sent alors impuissant pour protéger les autres enfants ?

Et vous, quand et comment passez-vous le relais ? Comment faites-vous pour rendre ce passage de relais, une protection pour cet enfant et pour les autres enfants présents ? Pour que cela soit apaisant et structurant pour cet enfant ? Quelles paroles lui dites-vous ?

Et vous qui travaillez seule, et qui ne pouvez passer le relais, comment faites-vous lorsque vous sentez l’énervement monter : respirer profondément, s’éloigner un peu, s’asseoir et se poser, boire un verre d’eau, chanter ?
Article rédigé par : Monique Busquet
Publié le 31 janvier 2020
Mis à jour le 31 janvier 2020