Se dire au revoir . Par Monique Busquet

Psychomotricienne

Bientôt la fin de l’année scolaire et pour certains enfants le départ vers l’école ! Comment les préparer à ce  départ ou comment se préparer à leur départ ?
Ces enfants, vous les avez accueillis parfois alors qu’ils étaient bébés : combien de mois, d’heures passées avec eux ? Combien de repas donnés, de chagrins consolés, de soins, d’endormissements?
Vous avez eu la joie de les voir progresser, vous vous êtes investis auprès d’eux et vous vous êtes attachés à eux. Ils avaient dû apprendre à se séparer quand ils vous les avez accueillis. Ils ont grandi et sont prêts à partir, vers d’autres lieux, d’autres adultes, d’autres rencontres.
Et vous ? C’est à vous maintenant de vous séparer d’eux et parfois cela s’accompagne d’émotion, de tristesse.  On vous avait bien dit de ne pas vous attacher  à eux : « ce ne sont pas vos enfants, vous êtes des professionnels ».  Mais comment faire ?   Les souvenirs remontent. Vous vous posez des questions : que vont-ils garder de leur accueil chez vous? Vont-ils vous oublier ?
N’hésitez pas à leur donner un cahier souvenir: des photos, des anecdotes : ils auront plaisir à les regarder plusieurs années plus tard !
Vous espérez sans doute un peu de reconnaissance et de remerciements de la part de leur famille. Peut-être certains parmi vous auront-ils l’occasion de  revoir cet enfant qui viendra parfois à la sortie de l’école ? D’autres peut-être seront invités à des évènements familiaux autour de cet enfant, comme cela arrive parfois. Mais le plus important n’est-il pas le sentiment d’avoir bien fait votre travail, d’avoir participé à la construction des racines de cet enfant « qui s‘envole » ?
Vous l’avez accueilli, sécurisé, vous lui avez permis de pouvoir faire confiance à un adulte autre que sa famille, vous lui avez permis d’évoluer, d’explorer en dehors de son cadre familial.
C’est B. Golse, pédopsychiatre, qui interroge ainsi les professionnels : « Est-ce les enfants que vous accueillez qui vous donnent du plaisir ou le sentiment de bien faire votre travail » ?
Sans doute cet enfant que vous avez accueilli  ne se rappellera pas consciemment de vous. Peut être n’aurez-vous jamais de nouvelles de lui.
Mais soyez en sûrs, ce que vous lui avez fait vivre reste ancré en lui, au fond de lui.
L’humain garde en mémoire tout ce qu’il vit : les sensations, les émotions, les expérimentations.
Sans doute le plus grand cadeau que vous lui avez fait  c’est votre disponibilité, c’est la possibilité qu’il a eu de s’attacher à vous.
Le petit humain s’attache pour pouvoir se séparer et vivre d’autres attachements et d’autres rencontres.
Vous pouvez être fiers de vous,  vous pouvez avoir le sentiment du travail  « suffisamment » bien fait: les avoir accompagnés un temps défini ; un accompagnement qui a un début et une fin, ce qui n’enlève rien à toute son importance.
Se séparer, c’est grandir.


 
Article rédigé par : Monique Busquet
Publié le 31 mai 2016
Mis à jour le 31 mai 2016