Valoriser les professionnels de la petite enfance ? Par Monique Busquet

Psychomotricienne, formatrice petite enfance

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petit bébé tend la main
 Valoriser les professionnels de la petite enfance. Qu’entendons-nous dans cette phrase ? Que voulons-nous dire ? Que disons-nous réellement ?

S’agit-il de valoriser dans le sens de « faire prendre de la valeur, augmenter la valeur de quelque chose » ? Y a-t-il besoin de cela ?  La valeur du travail des professionnels de la petite enfance n’est-elle pas déjà immense ?

S’agit-il néanmoins d’augmenter la valeur de ce travail ?
Oui, même si cette valeur est déjà là, il est néanmoins indispensable que l’ensemble des lieux d’accueil et des professionnels petite enfance aient suffisamment de moyens, en personnel, en espaces adaptés, en temps de formation, en temps pour penser ses pratiques, afin de construire, préserver et d’augmenter la qualité d’accueil dans tous les lieux.

Est-ce « dire aux professionnels qu’ils ont de la valeur » ?    
Valoriser dans le sens d’encourager, envoyer des messages de reconnaissance :  reconnaissance des qualités, des efforts et de l’investissement, reconnaissance des compétences ? Oui, cela fait toujours du bien. Etre reconnu pour ce que nous sommes et faisons est un besoin de tout humain. Malgré tout, j’y vois aussi un risque, voire une infantilisation. Valoriser pour donner confiance en soi, avoir une meilleure image de soi-même et pour motiver à faire plus, à continuer les efforts…   Il me semble que ce n’est pas suffisant, ce n’est pas ce dont les professionnels ont réellement besoin.

Est-ce augmenter les salaires des professionnels ? Oui, bien sûr ce serait la reconnaissance de la haute valeur de ce travail. Nous en sommes loin (aujourd’hui par exemple, un informaticien débutant gagne en quelque jours tellement plus que le professionnel qui choisit de travailler et de s’engager auprès des jeunes enfants en construction…) !

Ou s’agit-il de mettre en valeur, dans le sens de « présenter de façon plus avantageuse  aux yeux de tous pour y accorder plus d’importance » ?
Il me semble que c’est dans cette direction que nous pouvons/pourrions/devons aller. Il me semble que les enjeux sont profonds et dépassent le simple besoin de reconnaissance des professionnels concernés.  Il s’agit de montrer aux yeux de l’ensemble de notre société la valeur de ce travail.
Je suis souvent frappée de l’absence de représentation de la petite enfance dans les médias, dans les discours publics ? Je suis frappée d’entendre les hésitations et confusions fréquentes des journalistes sur le nom même de nos métiers. 
Invisibilité des tout-petits et donc de ceux qui en prennent soin ?
Que sait notre société sur les tout petits, leurs besoins, leurs spécificités ?  Quelle valeur notre société donne au tout-petit ? Ce « territoire inconnu »  dans notre société, dans les inconscients collectifs  est peut-être lié à notre absence de souvenir personnel de notre petite enfance, notre « amnésie de l’infantile ».

Il est vrai que les lignes bougent doucement, très doucement. Ainsi la Cité des sciences de la Villette a ouvert en 2019 un magnifique espace dédié aux moins de 2 ans, mais plus de 25 ans après l’ouverture des espaces de jeu pour les enfants plus grands.


La valeur de notre travail est immense. La valeur des premières années des tout-petits est immense.
Nous avons, chacun de notre place, fort à faire pour mettre en valeur le travail des professionnels de la petite enfance.  Nommer, montrer, expliquer, rendre visible cette valeur, non seulement auprès des professionnels eux-mêmes, mais à l’ensemble de notre société. Un vrai challenge !

 
Article rédigé par : Monique Busquet
Publié le 30 septembre 2021
Mis à jour le 30 septembre 2021