La nounou bienveillante : un mythe ? Par Nadège R

Assistante maternelle

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assistante maternelle avec un petit enfant
Les pleurs d'un bébé suscitent chez les adultes une énorme poussée de stress. Cris et pleurs sont pourtant le lot presque quotidien des tout-petits. Et l'assistante maternelle, aussi bienveillante qu'elle soit, n'est pas davantage que les autres préparée à les entendre.
Aussi comique que ce soit, on attend d'un personnel de crèche ou d'une assistante maternelle une patience d'ange, une tolérance aux petites colères, aux pleurs d'un bébé, quand bien même le parent lui-même n'y arrive parfois pas.
Loin de juger, je trouve juste cela intriguant. Le professionnel ne serait-il pas humain ? Ou alors serait-il doté de super pouvoirs ? Mary Poppins sommeillerait-elle en nous?

Eh bien non ! Au risque de surprendre, je connais plus d'un professionnel qui a déjà eu envie de crier de rage face à des pleurs persistants, mais ne l'a pas fait. Qui n'a jamais bercé plus fort un enfant face à des pleurs incontrôlables un jour « sans » comme on dit ?‎ Qui n'a jamais, sous l’effet de la fatigue, demandé à un enfant pourquoi il n'arrêtait pas de pleurer ? (Si quelqu'un a eu la réponse d'ailleurs...)
L'image de l'assistante maternelle parfaite, patiente et bienveillante est somme toute honorable et aussi un but à atteindre pour le professionnel, mais sur le chemin de la bienveillance et de la patience, le parcours est semé d'embûches‎. Souvent du coup, au moindre haussement de ton, le professionnel s'en veut : « je n'aurais pas dû m'emporter ».

Il est bien de reconnaître ses erreurs. Il est bien de ne pas les refaire. Mais il est utopique de croire que se fâcher, parfois crier aussi, quand notre patience est à 0, ‎ne doit jamais se produire. Nous sommes humains et il a été prouvé à maintes reprises que les pleurs des bébés suscitent énormément d'hormones de stress chez un adulte. On cherche à calmer l'enfant, à le faire taire, par empathie bien sûr, car on imagine ce pleur comme un cri d'alarme, mais aussi parce que c'est une réaction saine. Entendre pleurer et/ou crier c'est déstabilisant et oppressant.
Il y a des professionnels plus patients que d'autres, comme chez les parents d'ailleurs, mais je me refuse de croire que des erreurs de parcours peuvent faire de nous de mauvaises assistantes maternelles. Or cette apologie de la patience et de la bienveillance pousse parents et professionnels à se remettre en question certes, mais à culpabiliser de toute erreur. On pense alors à tort que l'on n’est pas à la hauteur.
Alors pour certains, oui sûrement ! On n’est pas toutes taillées pour gérer 4 enfants toute seule. C'est une certitude. Mais on apporte un accueil humain, non ?

Alors il y a des jours avec et des jours sans, pour le professionnel comme pour le tout-petit d'ailleurs, et parfois il peut y avoir de l'énervement, de la colère, de l'impatience, de l'agacement. Mais l'important n'est-il pas de se remettre en question, d'avancer quand même, de s'excuser parfois ? « Pardonne-moi d'avoir crié tout à l'heure, je ne comprends pas tes pleurs, j'ai eu besoin de te poser dans ton lit 5 minutes. Maintenant on va faire un câlin et on va se calmer tous les deux ».
Parler est important avec un tout-petit, je reste persuadée qu'un enfant peut comprendre beaucoup de choses quand un adulte lui explique ses propres émotions. Il faut nommer, expliquer les choses, et cela va de soi pour les erreurs de parcours : il faut expliquer notre impatience, notre colère si elle a eu lieu et toujours se remettre en question, mais pas non plus en faire « tout un plat »... L'amour que l'on porte à des enfants vaut bien plus qu'une simple incartade de notre part non ?
Publié le 30 janvier 2019
Mis à jour le 09 février 2019
Merci Nadège pour cette jolie chronique déculpabilisante : quel métier extraordinaire que le nôtre !