Accueil du jeune enfant : des parents de plus en plus perdus. Par Pierre Moisset

Sociologue, consultant petite enfance

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parents + bébé
De nombreuses études et enquêtes mettent en évidence que les parents restent encore le premier mode de garde des enfants de moins de trois ans.  Même si au fil des années, cette tendance s’érode légèrement mais régulièrement. Ainsi en 2007, ils étaient 63% à garder leurs enfants et en 2013, 61%.Evidemment certains parents font à titre secondaire appel à d’autres solutions d’accueil, EAJE ou assistants maternels.
 
D’un autre côté, on assiste à une baisse importante du recours aux dispositifs permettant de garder ses enfants moyennant indemnisation. Comme le pointe un récent rapport du HCFEA la réforme qui a crée la PreParE – qui a notamment durci les conditions d’activité donnant droit à la prestation et a raccourci le temps d’indemnisation à deux ans quand elle n’est pas partagée entre les conjoints – a abouti à une baisse de 32% du recours des parents entre 2016 et 2017. Cette baisse s’observe depuis le milieu des années 2000, particulièrement pour les congés pris à taux plein, mais la PreParE a notablement accéléré le mouvement. On observe donc une baisse lente et régulière de la garde des enfants par les parents eux-mêmes, mais une chute plus récente et brutale du recours à l’indemnisation des congés parentaux.
Deux constats un peu paradoxaux. Ce qui n’empêche pas que les parents puissent accueillir leur enfant en étant sans indemnisation spécifique, au chômage, au RSA ou hors de toutes allocations.   

Comment comprendre ces évolutions ? Les baromètres CNAF (études menées auprès des parents d’au moins un enfant âgé entre six mois et un an sur leurs souhaits initiaux d’accueil et leur solution d’accueil au moment de l’étude) de 2012, 2013, 2015 et 2017, nous apprennent que le souhait initial des parents de garder eux-mêmes leur enfant baisse, passant de 30% en 2012, à 25% en 2017 avec une chute entre 2013 et 2015 (au moment des réformes de 2014 et 2015 réformant le CLCA et créant la PreParE). Mais, pour autant, la part des parents accueillant de fait, eux-mêmes leur enfant ( de 6 mois à un an toujours) reste à peu près constante sur ces quatre années (autour de 52-54%).
Autrement dit, la part de parents accueillant eux-mêmes leur enfant sans l’avoir souhaité augmente au fil des années. Parallèlement, la part de parents ayant fait des démarches d’inscription dans les modes d’accueil augmente sur ces quatre années (passant de 46 à 60%). Et la part des parents dans l’incertitude sur leur solution d’accueil à la naissance de l’enfant augmente également (passant de 27 à 37%).

On voit donc bien, à grands traits, une évolution des attitudes parentales tendant à privilégier l’accueil extérieur de l’enfant. Une attitude qui bute encore sur l’insuffisance de l’offre.
Ainsi, toujours dans les baromètres CNAF, on constate donc que la part de parents faisant des démarches auprès des modes d’accueil augmente mais que, parmi ces parents faisant des démarches, la part de ceux qui les font auprès des EAJE diminue.
Ce ne sont donc toujours que 25% des parents qui font des démarches auprès des EAJE sur ces quatre vagues d’étude. Ce qui peut signifier que, même si plus de parents cherchent des solutions d’accueil extérieur, ils butent sur les limites de l’offre actuelle (on ne peut pas faire des démarches auprès de crèches qui n’existent pas) qui, elle, a trop faiblement augmenté sur ces dernières années.
 
Cela confirme que les parents s’éloignent des congés parentaux et, surtout, des congés parentaux à taux plein et les réformes récentes rendent ces retraits d’activité professionnelle encore moins attractifs. Mais, par ailleurs, ces mêmes parents (les mères d’enfants de moins de trois ans en fait) sont moins fréquemment actives (-2% entre 2013 et 2017) et pour les actives, plus fréquemment au chômage (+4% entre 2013 et 2017) et plus fréquemment en recherche de solutions d’accueil.
 
Au final, les parents de jeunes enfants semblent plus dans l’incertitude qu’auparavant, « pincés » entre une offre d’accueil à la peine, des congés parentaux à la baisse et un marché de l’emploi peu prometteur et accueillant.
 
Article rédigé par : Pierre Moisset
Publié le 15 janvier 2020
Mis à jour le 15 janvier 2020