Les chroniques de Pierre Moisset

Les assistants maternels à la croisée des chemins. Par Pierre Moisset

Sociologue, consultatnt petite enfance

Istock
assistante maternelle au square
L’assistant maternel n’est pas un mode d’accueil par défaut et c’est toujours, en France, le premier des modes d’accueil. Nombre d’études et enquêtes le démontrent, chiffres à l’appui.* Néanmoins, c’est vrai, l’accueil individuel est depuis quelques années en régression  Et les choses sont loin d’être faciles pour les assistants maternels. En effet, le recours à ce mode d’accueil est en baisse, 2015 a été la troisième année consécutive en ce sens. Cette baisse est liée à une diminution du nombre de parents employeurs d’une part, et du nombre d’heures employées par les parents employeurs d’autre part. Par ailleurs, une récente étude**nous apprend que « les assistantes maternelles gagnent en moyenne 26% de moins que les autres employés », de plus un quart d’entre ces professionnels (en 2014) sont rémunérés pour moins de 190 heures d’accueil mensuel. Bref, ce mode d’accueil est en perte de vitesse (de manière inégale en fonction des régions) et une fraction importante des assistants maternels a du mal à vivre correctement de cette activité. Enfin, la profession est en plein renouvellement, les assistants maternels sont plus âgés que la moyenne des actifs occupés et la demande d’agrément est en baisse : moins 12,2% entre 2013 et 2014 !

Etrange constat donc... le principal mode d’accueil de la petite enfance, après avoir été la ressource principale de cette politique en France est en perte de vitesse. Il est largement réparti sur le territoire, il est souhaité et accessible par les parents mais il est en même temps peu visible politiquement et moins attirant pour les nouveaux professionnels. Que faire face à cette situation ?

Pour que la profession d’assistant maternel puisse être considérée à la hauteur de son importance réelle, il nous semble qu’elle doit être « découverte ». C’est à dire, littéralement, qu’on la soulage des représentations trop « familiales » et « féminines » dont elle est recouverte pour que l’on puisse voir pleinement sa « professionnalité ». C’est à dire, comment des personnes – au sein de leur domicile, au gré de leurs rythmes familiaux – parviennent à produire un accueil professionnel de jeunes enfants. On peut rapidement esquisser deux pistes pour cette découverte à partir d’une étude que j’avais eu l’occasion de mener avec le réseau « Devenir d’Enfance » *** auprès de près de 1700 assistants maternels.
Etre assistant maternel est une véritable profession et pas un « recyclage » d’un choix familial. Dans notre étude, il est apparu que les assistants venus au métier pour des raisons « familiales » (s’occuper de ses propres enfants, travailler chez soi) étaient moins heureux dans leur activité, plus fréquemment stressés, fatigués, que ceux venus pour des raisons professionnelles (pour travailler auprès d’enfants). Autrement dit, ce qui enchante l’activité d’assistant maternel et la rend plaisante à vivre n’est pas son « aspect familial » mais une vocation professionnelle qui doit être encouragée par la communication sur cette profession.  
L’activité concrète d’accueil des assistants maternels est encore trop largement méconnue et doit être mieux accompagnée. Toujours dans notre étude, les évolutions positives ressenties dans l’exercice du métier sont surtout liées à l’expérience professionnelle et aux relations entre collègues et beaucoup moins à la formation. Cela veut dire que les professionnels trouvent peu de ressources, pour améliorer leurs pratiques, dans les formations. Et cela est probablement dû au fait que l’on sait encore trop peu en quoi consiste cet accueil, quelles compétences il sollicite. Face à cela, on ne peut qu’encourager le développement de l’analyse des pratiques professionnelles entre assistants maternels. Cette analyse permettant justement d’identifier ce qui pose question dans la pratique professionnelle.

Les assistants maternels sont aujourd’hui à la croisée des chemins. Cette profession a besoin d’une véritable considération si on souhaite qu’elle redevienne attractive pour les parents et les futurs professionnels. Et cette considération implique une professionnalisation des assistants maternels qui passe par un plus grand accompagnement de leurs pratiques professionnelles, leur mise en réseau via les RAM et l’affichage d’une véritable ambition éducative dans leur accueil.







*Enquêtes du Credoc (centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) et baromètres de petite enfance publiés par la Cnaf ( voir sur le site de la cnaf , collection l’e-essentiel).
** Etude la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques)
*** Le réseau « Devenir d’Enfance » regroupe des cadres de l’accueil de la petite enfance. Avec le soutien de l’INSET de Montpellier, nous avions conçu et diffusé en 2014 un questionnaire auprès de professionnels de l’accueil collectif et individuel de la petite enfance. Questionnaire qui avait remporté un grand succès auprès des assistants maternels.




 
Article rédigé par : Pierre Moisset, sociologue
Modifié le 18 septembre 2017
Si il y avait une formation diplomante liée au cap petit enfance je pense que le métier serait reconnu et valorisé. Quand aux formations la quasi totalité des assistantes libérales ne connaissent pas leur droit et devoir commençons par informer les nouvelles assistantes et assistantes maternelles.