Les chroniques de Pierre Moisset

Micro crèche, maxi responsabilités. Par Pierre Moisset

Sociolgue, consultant petite enfance

enfant micro crèche
Les micro crèches sont parfois très mal vues. C’est à dire essentiellement comme des établissements en « moins » : moins grands, moins contrôlés, moins encadrés avec des personnels moins formés… Et leur important essor ces dernières années peut venir renforcer cette impression d’avoir à faire à une pâle copie de crèches : + 291% d’établissements entre 2010 et 2014  avec, au 31 décembre 2014 près de 20000 places d’accueil. De plus, cet essor est principalement porté par des initiatives venant du secteur privé lucratif (50% des micro-crèches fin 2014). Ce qui peut accroître la suspicion… Pour autant, on ne dispose pas encore d’étude sur la qualité du travail en micro-crèche (pas plus qu’en crèche d’ailleurs…). Qualité du point de vue des enfants accueillis, des parents comme des professionnels. En réponse à ces questions et ce manque de connaissance commençons par voir ce que le fait de travailler en crèche implique pour les professionnels avec quelques éléments recueillis au gré d’analyses de la pratique dans ces établissements.

Moins d’espace, plus de gestion de l’espace. Des locaux plus petits et donc moins facilement cloisonnés et répartis en fonctions différentes : espaces de jeux, espace de repos, espace de restauration. Le travail en micro-crèche sollicite un aménagement astucieux de l’espace au départ et une une gestion fine des temps de vie des enfants d’âges différents.

Moins de professionnels et moins de distinction des places. Même si les micro-crèches ont un référent technique, et ce parfois à temps plein, les relations entre professionnels sont moins structurées hiérarchiquement qu’en crèche. La fonction de direction existe toujours, mais les places sont moins nettement marquées. La référente est plus souvent avec les enfants et les professionnels qu’une directrice de crèche et les parents ont plus tendance à interpeller les différents professionnels à égalité comme des « coresponsables ».

L’absence de « l’effet équipe ». Enfin, en micro-crèche, les professionnels ne sont pas « protégés » par « l’effet équipe » propre aux structures plus importantes. Dans cet effet équipe, les responsabilités sont plus « diluées » entre des professionnels plus nombreux dont les horaires changent. De plus « l’institution » crèche en impose plus aux parents de par la taille de son équipe et sa structuration (AP, EJE , direction…) qu’une structure plus petite. En micro-crèche, les professionnels sont présents sur des horaires moins changeants et sont tous connus individuellement par les parents. Du fait de cette proximité, les parents se sentent plus à même de les interpeller sur ce qui leur pose question et ce de manière plus directe qu’en crèche.

Micro-crèche mais grandes exigences. Avec ces premiers éléments, on ne peut pas dire que le travail en micro-crèche est de moins bonne qualité ou plus pénible qu’en crèche. Par contre, ce contexte d’accueil expose et, en même temps, responsabilise plus les différents professionnels tant aux enfants qu’aux parents. Et cet aspect me semble plutôt intéressant. En effet, souvent, en structure collective, les professionnels de terrain souffrent de se sentir réduits à une fonction de soin sans pouvoir prendre de réelles initiatives ou faire valoir leurs compétences relationnelles et éducatives. Les micro-crèches semblent plus « libératrices » mais aussi exigeantes pour les professionnels. Des professionnels qui ont, donc, d’autant plus besoin d’accompagnement.
Modifié le 29 août 2017