Quels sont les enjeux des transmissions ? Par Pierre Moisset

Sociologue, consultant petite enfance

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Parents et professionnels petite enfance
Dans ma chronique précédente, j’ai traité la question : pourquoi s’attache-t-on tant à restituer la journée de l’enfant durant l’accueil de la petite enfance ? Je ne pense pas que cet effort et cet exercice soient rendus nécessaires par l’état d’immaturité ou de dépendance du tout jeune enfant. Il me semble que cet impératif s’explique bien plus par le fait que l’accueil de la petite enfance est une institution ouverte. Une institution qui rencontre trois grands enjeux avec ses usagers-parents : le contrôle, la relation de service et la relation. Trois enjeux que nous allons retrouver dans la restitution de la journée de l’enfant.
Depuis le recul du paradigme sanitaire dans les crèches (qui mettaient les parents à l’écart via le sas et le fait qu’ils n’étaient pas censés avoir des compétences aussi conséquentes et éclairées que celles des professionnelles), le rapport aux usagers-parents s’est ouvert.
Néanmoins, les établissements et les professionnels cherchent à garder un certain contrôle sur les parents : ils leur demanderont donc d’être corrects, de respecter des horaires, des lieux où être présents. Mais ce contrôle ne s’obtient plus par la simple autorité mais via une contrepartie : une demande d’assurance de l’usager. La restitution de la journée de l’enfant vient répondre à cet enjeu. Elle est un moment d’échange d’information nécessaire qui vient démontrer aux parents que, s’ils respectent les professionnels et leur cadre, les choses ne sauraient se passer indépendamment de leur regard. Ce n’est alors pas tant le contenu échangé qui est important que le fait que de l’information soit donnée, en garantie du bon déroulement de l’accueil.     

Que chacun garde sa place pour que le travail puisse se faire soit. Mais quel est ce travail exactement ? C’est là que les professionnels doivent répondre à un deuxième enjeu : démontrer quel service ils rendent aux parents en accueillant leur enfant. Ils doivent rendre leur action en partie visible, évaluable : nous avons fait telle activité, telle sortie, nous avons bien observé votre enfant puisque nous savons vous restituer ses horaires de selles, de changes et de sommeil… Dans ce deuxième enjeu, le contenu de l’information est bien plus important. Il doit parvenir à rendre compte d’une activité et d’un regard professionnel légitime pour les parents. Mais c’est là que beaucoup d’insatisfactions peuvent naître : les restitutions trop factuelles, trop sèches sont frustrantes pour les parents et les professionnels.   
 
Enfin, que l’on soit professionnels et parents face-à-face n’empêche pas une simple relation humaine
 : d’autant plus quand nous sommes réunis par un sujet aussi sensible que l’enfant. Et c’est là le troisième enjeu de la restitution : être un moment d’échange partiellement libre, chaleureux, où l’on part de l’enfant et de sa journée pour parler d’autres choses, pour nourrir entre soi une simple relation où l’on se sent connu, reconnu.

La restitution de la journée de l’enfant n’est donc pas qu’une simple question d’information, ni une simple question de relation. Elle est prise entre ces différentes dimensions. C’est ce qui en fait un exercice difficile et périlleux. Nous verrons dans les troisième et quatrième partie de cette série les pistes de travail qui s’esquissent tout de même.

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Article rédigé par : Pierre Moisset
Publié le 06 juin 2018
Mis à jour le 03 février 2019