L’école, oui ! Mais à partir de quel âge ? Par Sophie Marinopoulos

Psychologue-psychanalyste

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Bientôt les vacances de Noël avec l’organisation de la soirée à venir, le choix des cadeaux, la venue du Père Noël et pour les petits et les grands, l’attente interminable du J où enfin on peut découvrir ce qui se cache au pied du sapin. J’aurais pu pour cette nouvelle chronique faire le choix de vous parler des jouets, du comment les choisir selon l’âge de l’enfant, mais en réalité une autre envie m’est venue en écoutant un de mes collègues, le professeur Golse, nous rappeler les travaux d’une autre collègue éminente, Geneviève Haag. Elle nous propose une observation intéressante sur un thème sensible : comment savoir quand l’enfant est prêt pour entrer à l’école maternelle ?
Toute sa démonstration nous rappelle que les enfants vont tout au long de leur première enfance faire de nombreuses acquisitions essentielles. Les enfants se découvrent par des expériences répétées de la vie, comme être nourri, porté, changé, bercé puis accompagné dans les mouvements moteurs qui conduisent à se tenir assis, à attraper les objets, les jeter, les observer pour un jour marcher, courir, grimper. Toutes ces acquisitions faites dans la première enfance en se répétant, leur apportent du plaisir, et une envie toujours renouvelée de recommencer. L’enfant expérimenté devient ainsi un enfant joueur, qui ne cesse de consolider son savoir du dedans. Car disons-le tout de suite, les acquisitions partent du dedans, les apprentissages, ceux de l’école, viennent du dehors. Ne les confondons pas et n’oublions pas qu’il faut que les acquisitions se fassent pour qu’un jour l’enfant apprenne.

Geneviève Haag  a ainsi repéré l’étape du développement qui est très importante pour l’enfant, qu’elle a appelé la crise des 2 ans ½, qui peut se prolonger jusqu’à 3 ans. Une étape qui regroupe trois repères que je vous liste sans pour autant donner une priorité à l’un ou à l’autre, les trois allant de pair :
•    Le Je
•    Le Oui
•    Et le Rond
Disons comme préambule que chaque fois qu’une nouvelle fonction apparait, elle sert à l’enfant à récapituler des étapes précédentes. Alors quand l’enfant va arriver à mieux maitriser sa motricité, sa tenue de crayon va lui permettre de former des ronds. Mais il ne ferme pas un rond parce qu’on lui apprend. Un enfant qui ferme son rond ce n’est pas parce qu’il est devenu seulement habile avec son crayon, mais parce qu’avec le graphisme il essaye de récapituler quelque chose qui s’est passé avant, qui est la fermeture de ses enveloppes psychiques. On parle d’enveloppes psychiques quand l’enfant ressent son corps comme entier, lui appartenant et dont qu’il en a la maitrise avec un dedans et un dehors. C’est un éprouvé qui se transforme en sentiment d’existence. Donc quand il sent son corps bien clos, ses enveloppes psychiques bien closes, il peut dessiner un dedans, un espace de sécurité. C’est là qu’il va profiter de sa nouvelle adresse manuelle pour nous fermer le rond. Cela vient du dedans.
Alors évidement quand l’enfant a la certitude que son corps est un espace interne clos, il va commencer à dire Je. Il quitte ce temps de « à moi » qui est une période où l’enfant est encore dans le sentiment qu’avoir c’est être. D’ailleurs quand l’enfant va prendre soudainement le jouet d’un copain avec lequel celui-ci s’amusait, c’est pour posséder l’être bien de son copain. Il ne convoite pas l’objet mais le bien être qui va avec l’objet. Le plus souvent il est déçu une fois qu’il a pris le jouet car il n’a que l’objet, pas le plaisir qu’il avait observé. En général il le délaisse aussitôt et se fait gronder d’avoir pris à l’autre enfant un jouet dont il ne fait rien « par-dessus le marché ! ». Ainsi le plaisir d’être vient du dedans, de son expérience propre, du moi qui peux dire je. Le je c’est très compliqué aussi parce que quand on parle à l’enfant on lui dit « tu » et quand on parle de l’enfant on dit « il » ou « elle » et il faut qu’un jour l’enfant du dedans puisse sentir que quand il veut parler de lui il peut dire « je » pour désigner la même chose que les autres appelles « tu » quand ils lui parlent ou « il » ou « elle » quand on parle de lui.  
Et le Oui s’associe à ces acquis. La logique est la suivante. Dire Non protège des intrusions possibles des autres. Le Non est comme un barrage. Dire « oui » c’est dangereux pour l’enfant puisque c’est accepter quelque chose de l’autre qui peut entrer en lui et menacer son intégrité pas encore très solide. Accepter le Oui est donc possible à partir du moment où on ne se sent plus menacé ou fragilisé.

Donc nous voyons que ces trois éléments mettent en évidence une maturité interne de l’enfant qui lui permet de se savoir exister, avec un corps à lui qu’il a expérimenté en jouant ! Rappelons donc encore une fois que les acquisitions viennent du dedans, les apprentissages viennent du dehors. Apprendre revient toujours à accepter que quelque chose de la maitresse, du parent, de l’adulte, pénètre en lui. Et il ne peut l’accepter avec tranquillité que si son espace interne est suffisamment clos, suffisamment fermé soit vers 2 ans1/2 parfois 3 ans.
Alors au regard de ce savoir sur la vie intime de l’enfant, penser l’école à 3 ans est la meilleure des solutions. Si toutefois il y a une nécessité que l’enfant aille plus précocement à l’école pour des tas de raison, reconnaissons-lui le droit de prendre le temps de grandir encore un peu pour accepter d’apprendre.   
Et maintenant il est temps pour moi de vous souhaiter à toutes et tous, de très belles fêtes de fin d’année.
Article rédigé par : Sophie Marinopoulos
Publié le 16 décembre 2016
Mis à jour le 10 septembre 2017